Une histoire « enemies to lovers » dans une comédie romantique enlevée aux accents de new romance. Cette histoire est écrite en collaboration avec Estelle Every

Entre l’amour et la haine, il y a un million de dollars.

Tout sourit à Ethan Beckman : un job génial chez Willis, la plus grande agence de courtage immobilier de Manhattan, un physique de tombeur… Alors quand son patron lui annonce qu’il va devoir partager son assistant, son bureau, et qu’en plus, il est en compétition pour la promotion qu’il était certain d’avoir, Ethan voit rouge.
Neela Khan a travaillé trop dur pour se voir souffler le boulot de ses rêves. Le fait que son adversaire soit un mec arrogant, désagréable, et qui a manqué de l’écraser avec sa voiture dès son premier jour, lui facilite les choses : elle n’en fera qu’une bouchée !
Le challenge est colossal… Le premier à rapporter un million de dollars de commission à l’agence sera désigné gagnant et obtiendra la promotion tant attendue ! La bataille fait rage entre Neela et Ethan, mais quand l’attirance physique entre dans la partie, les règles du jeu s’en voient bouleversées… Et s’il fallait dévoiler son jeu pour rafler la mise ?

Chapitre 2

Neela

Mon instinct me dit que cette journée va être sacrément pourrie. 

Vu comme elle a démarré, c’est même certain. 

J’ai eu du mal à me lever, faute à ma soirée passée en famille, hier. Et depuis que j’ai posé un pied par terre, les déboires n’ont fait que s’accumuler. 

Premier de la liste : une panne de machine à café. Ensuite, c’est ma ligne de métro qui a été bloquée, m’obligeant à descendre trois arrêts plus tôt et à sprinter jusqu’ici en talons pour tenter d’être à l’heure. Et quand je croyais mon calvaire presque terminé, c’est un abruti en cabriolet qui a manqué de me renverser ! Il s’est tout juste arrêté pour voir si j’allais bien, ne s’est absolument pas excusé et m’a laissé en prime un magnifique souvenir de cette rencontre : une énorme tache de café sur mon chemisier… Et dire que j’étais fière d’avoir pu acheter ma dose de caféine en moins d’une minute avant de prendre le métro… J’en ai bu une gorgée, tout au plus. 

J’ai pensé un instant que ça aurait pu être pire. J’ai même eu un petit espoir lorsque la réceptionniste de l’immeuble a gentiment accepté de me prêter son foulard pour camoufler le désastre… ou ma poitrine. Oui, parce que mon chemisier était tellement trempé que j’ai eu peur que cela n’imbibe la veste, une fois celle-ci fermée. Du coup, je l’ai retirée. Et sans le foulard, mon décolleté est disons… un poil provoquant. 

Si j’ai envie que Seth Willis ait une première bonne impression à mon sujet, je ne souhaite pas que ce soit grâce à mes seins. 

J’ai donc passé la porte de son bureau en me persuadant qu’à part moi, personne ne pouvait deviner que je suis quasi-nue sous ma veste. De toute manière, toute considération vestimentaire a été vite oubliée dès que je suis entrée dans la pièce. Car Seth Willis n’est pas le seul à être présent dans ce lieu qui au premier coup d’œil crie : je suis un mec de pouvoir et je te le montre jusque dans le choix de mes rideaux. Non, assis de façon désinvolte dans un des fauteuils de cuir, m’observe un homme aux boucles brunes que j’ai déjà croisé. 

Non pas que je sois particulièrement physionomiste, mais je n’ai en général pas trop de mal à me souvenir des gens qui ont attenté à ma vie. 

Surtout lorsque c’était il y a dix minutes à peine…

Le connard au cabriolet. 

Oui, c’est devenu un connard — même si je déteste ce mot — étant donné qu’il ne se lève même pas pour me saluer. 

Monsieur Willis le présente comme un certain Ethan Beckman. Ava Parson, ma patronne, ne m’en a pas parlé, mais étant donné qu’elle ne m’avait même pas parlé de cette fusion entre Willis Estate et Parson Realty jusqu’il y a deux jours… 

— La nouvelle organisation va nécessiter certains ajustements… annonce Willis. 

Je jette un coup d’œil discret à mon voisin, et je le vois froncer les sourcils. Je me reconcentre sur son patron. 

— Ethan, je t’avais promis qu’un jour tu dirigerais ta propre équipe…

Ce dernier se redresse dans son siège et dit : 

— Je suis plus que prêt, et tu le sais Seth, je serai digne de ta confiance, et…

— Laisse-moi finir, le coupe Willis un peu sèchement. 

Il prend une inspiration avant de continuer. 

— Comme j’étais en train de te l’expliquer avant que mademoiselle Khan n’arrive, quelques compromis ont dû être faits, et bien entendu c’est l’organisation complète de nos deux entreprises qui est bouleversée. Mais nous sommes persuadés, Ava et moi, qu’à terme, tous ces petits désagréments seront vite oubliés. Cette fusion va nous permettre de devenir un des groupes d’immobilier de luxe les plus importants du pays. 

Il affiche un sourire carnassier et nous désigne tous les deux du doigt. 

— Et vous deux, Neela et Ethan, vous allez être les visages de cette nouvelle aventure. 

J’échange un coup d’œil avec mon voisin. Je me sens d’un coup totalement perdue, et j’ai l’impression que lui aussi. 

Alors je me racle la gorge et demande : 

—  Excusez-moi, Monsieur Willis, mais est-ce qu’il serait possible d’être un peu plus clair ? Ava m’a demandé de venir ici pour que l’on commence dès à présent la transition entre nos deux entités, mais elle n’a pas précisé exactement comment cela allait se dérouler. 

Quand Ava Parson la fondatrice de notre agence nous as convoquées en début de semaine pour nous annoncer la fusion avec Willis Estate, nous avons été plus d’une à être étonnées. Elle est restée assez vague sur les raisons qui l’ont poussée à prendre cette décision. Mais que cette self-made woman, profondément féministe et entièrement dévouée à sa carrière, ait subitement décidé de s’allier à une entreprise implantée à Manhattan, elle qui ne jure que par Brooklyn, nous a déstabilisées. 

—  Oui, oui, vous avez raison, commence Willis. D’ici un mois, nos bureaux seront tous regroupés ici. Étant donné que j’ai récemment acquis le quarante et unième étage, nous aurons plus d’espace. Mais entretemps, nous devons continuer à aller de l’avant et commencer à travailler main dans la main. 

Jusque là, je n’apprends rien de nouveau. Je suppose que ces explications sont surtout pour Ethan. 

—  Ava m’a parlé de vous en des termes très élogieux, mademoiselle Khan. Et votre CV, de vos études à vos succès chez Parson, est impressionnant. C’est pourquoi quand il a été décidé qu’une des employées de votre agence allait avoir droit à une promotion, je n’ai vu aucune objection à ce que ce soit vous. 

Un peu de la tension qui m’habitait disparait. Cette promotion, Ava m’en a avisé à la suite de sa grande annonce. Mais tant que personne chez Willis ne m’avait confirmé qu’eux aussi sont sur la même longueur d’ondes, une petite partie de moi ne voulait pas totalement y croire, de peur d’être déçue. 

Je m’apprête à répondre, mais mon voisin ne m’en laisse pas le temps. 

— Quoi ? Tu lui offres ma promotion !

Il a littéralement bondi de son siège. Je me rends compte pour la première fois qu’il est vraiment grand. Je vais avoir l’air d’une naine à côté de lui. Si tant est qu’on doive se côtoyer. 

—  Rassieds-toi Ethan, je ne lui ai donné la promotion de personne, et je n’ai pas fini. 

Le ton ne laisse pas vraiment place à la discussion. Ethan obtempère. 

— Vous allez être tous les deux promus chefs d’équipe, ajoute Willis en lançant un regard noir à Ethan. Mais du fait de l’élargissement de notre groupe, la réorganisation ne va pas affecter seulement le bureau de Manhattan, nos autres filiales vont être aussi impactées. C’est pourquoi cette promotion ne prendra pas effet avant deux bons mois. 

Ethan Beckman ne prend même pas la peine de cacher son soupir d’exaspération. C’est son droit s’il décide de jouer les immatures, pour ma part, je préfère rester professionnelle. Je souris poliment à Seth Willis qui poursuit : 

— Au terme de ces deux mois, l’un de vous deux aura la responsabilité d’une équipe de dix brokers ici à Manhattan, tandis que l’autre aura un poste similaire dans notre agence de… Los Angeles. 

La douche froide. Je reste stupéfaite et ouvre la bouche dans une parfaite imitation du poisson rouge hors de son bocal. Je suis incapable de produire un son, mais le fou au cabriolet a semble-t-il de l’inspiration pour deux.

— À Los Angeles ? En Californie ? 

— À ma connaissance, il n’y en a pas d’autres, répond Willis. 

— Mais… 

Beckman lance un coup d’œil dans ma direction. 

— Je suppose que mademoiselle Khan est ravie de cette opportunité d’aller découvrir la côte ouest…

— Je n’ai pas dit que ce serait elle qui irait à L.A., Ethan. Rien n’est encore décidé. 

Beckman lâche un rire nerveux. 

— Enfin Seth, tu sais que je ne peux pas aller en Californie. Je suis un pur produit new-yorkais. Il n’y a pas un recoin de Manhattan qui m’est inconnu, mon carnet d’adresses est long comme le bras, et…

— Je ne souhaite pas aller à Los Angeles non plus, le coupé-je ce qui me vaut un regard noir de mon voisin. Ma famille vit ici, je n’ai pas du tout l’intention de déménager à l’autre bout du pays. 

Willis soupire et je sens que cette conversation l’agace.

— Écoutez vous deux. Je sais que ce n’était peut-être pas dans votre plan de carrière, à l’un comme à l’autre. Mais l’agence de L.A. est vraiment dynamique et en pleine expansion. O.K., c’est à l’autre bout du pays, mais vous savez qu’on ne construit pas une carrière à succès sans sortir de sa zone de confort. 

— Hors de question que j’aille vivre au pays des vegans, je ne sais même pas surfer ! bougonne Beckman. 

— En vérité, il n’y a que deux choix possibles. Soit l’un d’entre vous accepte de son plein gré d’y aller, soit c’est Ava Parson et moi qui allons trancher. 

— Et on peut savoir sur quels critères votre choix va se baser ? demandè-je. 

— Des critères purement professionnels. 

Il met l’emphase sur ce dernier mot. 

— Ava et moi avons eu l’idée de mettre en place une sorte de petite compétition pour vous départager. 

Au mot compétition, ma curiosité est piquée. S’il y a quelque chose pour laquelle je suis née, c’est bien pour gagner. 

— À partir d’aujourd’hui, vous serez tous les deux en concurrence pendant deux mois. Vous continuerez de vendre vos biens, mais avec un objectif à atteindre. Le premier à y parvenir pourra choisir s’il reste pour diriger l’équipe de New York, ou s’il part à Los Angeles. 

— Le choix est déjà tout fait, marmonne Beckman. 

— Quel est cet objectif ? 

Willis fait une pause théâtrale, nous fixe tour à tour, avant de déclarer :

— Le premier de vous deux à atteindre un million de dollars de commissions pour l’agence sera notre vainqueur. 

Un million de dollars en deux mois…

Le montant me scotche. O.K.OK, je suis bonne dans mon boulot, et même très bonne. Mais un million en soixante jours ! Pourtant, quand je tourne la tête vers Ethan Beckman, il n’a pas l’air plus inquiet que ça. Un sourire narquois flotte même sur ses lèvres. C’est là qu’une idée me frappe. 

— Attendez ! On ne part pas sur un pied d’égalité. Monsieur Beckman vend des propriétés sur Manhattan, moi mon listing est composé essentiellement de biens à Brooklyn, ou dans le New Jersey. On sait tous que pour un loft qu’il va vendre, je devrai trouver des acquéreurs pour cinq Brownstones. 

— Je suis bien conscient de ce problème, répond Willis. C’est pourquoi, afin que la compétition soit davantage sur un pied d’égalité, nous avons décidé de vous faire redémarrer avec un listing vierge. Ce sera à vous de trouver les propriétés à ajouter à celui-ci et vous débrouiller pour les vendre. Et avant que vous n’arguiez qu’Ethan part gagnant puisqu’il a plus de connaissances que vous sur Manhattan, sachez que vous aurez l’un et l’autre un accès total aux contacts de Willis comme de Parson. Nous sommes maintenant une seule, grande et belle entreprise, alors autant en profiter. 

— Mais…… commence à dire Beckman. 

Willis ne lui en laisse pas le temps. Il consulte sa montre et annonce : 

— Je vais devoir vous laisser, j’ai une vidéo conférence avec l’agence Parson d’Aspen. Lucille enverra tous les détails complémentaires à Eli pour qu’il vous les transmette. Ethan je compte sur toi pour le présenter à mademoiselle Khan, vous collaborerez tous les trois pendant ces deux mois. 

— Comment ça ? On va devoir se partager Eli ? Elle n’a pas sa propre assistante ? 

— Je peux très bien me débrouiller sans assistant, répliqué-je déjà irritée à l’idée de partager quoi que ce soit avec ce mec qui m’a l’air d’une suffisance folle. 

— Vous travaillerez avec Eli, m’intime Willis. Si vous voulez nous prouver que vous êtes capable de manager une équipe, commencez déjà par déléguer certaines tâches. Et dernière chose, en attendant que les travaux soient finis, vous allez devoir partager votre bureau. Ce sera bien plus facile pour Eli de toute manière, les meubles seront livrés en fin de matinée. 

Sur ces derniers mots, il se lève et nous fait signe de le suivre. Je sens que Beckman bout de colère, moi-même j’ai du mal à savoir ce que je ressens. Je suis à la fois surexcitée par ce défi, mais aussi pleine de ressentiment envers ma patronne. J’ai l’impression qu’elle m’a jetée en pâture dans la fosse aux lions sans même un avertissement.