Paul Johnson, acteur reconnu aussi bien pour son talent que pour son charme, tourne son nouveau film sous les tropiques, en République Dominicaine. Son équipe de sécurité, dirigée par Raven Thornton de Florida Security l’accompagne partout, mais Paul compte bien s’en passer pour son jour de congé. Quand il s’éclipse, malgré les mises en garde de Raven, la jolie brune n’a d’autre choix que de se lancer à sa poursuite. D’autant plus, quand elle apprend qu’il a franchi la frontière haïtienne, pays où un étranger ne passe pas facilement inaperçu. Ni l’un ni l’autre n’auraient pu prévoir ce qui va leur arriver, et surtout pas le fait que malgré leurs disputes, leur attirance semble incontrôlable.

Ce livre est le deuxième tome dans la série Florida Security et bien qu’il reprenne des personnages présents dans le reste de la série, il peut se lire de façon indépendante.

PROLOGUE

Paul

— C’est hors de question.

Raven croise ses bras sur sa poitrine et adopte un air renfrogné dont je suis coutumier dorénavant. Elle l’arbore à chaque fois que je fais quelque chose qui ne lui convient pas. Et disons… que cela arrive souvent. Est-ce que, du coup, ça devient un défi pour moi ? En quelque sorte. Déjà parce que je la trouve adorable quand elle boude, et au moins quand elle râle, elle a l’air plus humaine. Elle est tellement à fond dans son travail de responsable de ma sécurité que parfois j’ai l’impression qu’elle en oublie de respirer.

— Tu ne vas pas aller te balader tout seul alors que je n’ai pas fait de repérage des lieux. On en a déjà parlé, toi ou ton assistante devez me prévenir à l’avance pour le moindre de tes déplacements.

— Eh bien, je suis en train de te prévenir, là.

— Que tu pars dans une heure ? Non, ça ne marche pas comme ça, Paul. À Miami ça peut être le cas, mais là, nous sommes à l’étranger, il me faut un délai supplémentaire pour tout mettre en place.

— On est en République dominicaine, pas en zone de guerre. En plus, même si tu trouves probablement que j’ai un ego démesuré, je suis assez lucide. Pas grand monde ne me connaît ici, tu l’as bien vu, pas de fan hystérique à l’aéroport, le personnel de l’hôtel se comporte normalement, et aucun article n’a mentionné ma présence sur l’île.

— Pour l’instant, fait-elle remarquer. On est là depuis 48 heures ! Mais tu penses qu’il leur faudra combien de temps pour qu’un abruti poste une photo de toi sur les réseaux, ou même une image du tournage, et que tout s’enflamme ? Ta renommée est bien assez grande aux États-Unis et en Europe pour qu’un touriste qui passe par là puisse facilement te reconnaître. Et puis, ce n’est pas comme si tu étais ici pour des vacances, et que tu te contentais de rester à l’hôtel. Tu es quand même en train de tourner pour un des réalisateurs les plus importants d’Hollywood. Et rien que son projet et sa présence à lui attirent les curieux.

— Raison de plus pour que j’aille me balader maintenant avant que tout ne devienne compliqué.

Je ponctue ma phrase de mon sourire ultra bright qui a en général un succès fou sur les femmes.

Mais pas sur Raven.

Elle soupire, exaspérée, et traverse la pièce pour aller se poster devant la baie vitrée immense qui fait face à la mer des Caraïbes. Sa tenue, un treillis noir et un t-shirt de la même couleur assortis de boots militaires, dépareille dans ce décor de rêve. Je me demande si elle a ne serait-ce qu’emporté un maillot de bain ? C’est comme si elle ne prenait jamais de pause dans son travail. Bien entendu, ce n’est pas elle qui m’accompagne cent pour cent du temps. Elle est même plutôt là pour chapeauter mon service de sécurité. Mais même quand un de ses agents est avec moi, elle n’est jamais bien loin.

Nous sommes censés rester en République dominicaine pour un tournage de deux mois. J’espère pour elle (et pour moi et ses hommes) qu’elle a tout de même prévu de s’accorder un peu de bon temps.

La vision de Raven en maillot de bain au bord de la piscine en train de se prélasser me semble incongrue. Mais je dois avouer que ce ne serait pas pour me déplaire si j’avais le droit d’assister à cette scène. Ses tenues toujours sombres laissent deviner le corps fin et ferme qui se cache en dessous. De quoi me filer des complexes à moi, l’acteur qui passe des heures à sculpter son corps depuis des années. Je serais curieux également de voir ses longs cheveux, noirs comme l’encre et qu’elle attache souvent en queue de cheval, relâchés dans son dos.

Est-ce que la responsable de ma sécurité m’attire physiquement ? Ce serait une hérésie de répondre non. Mais son caractère soupe au lait me prévient de tenter quelque chose, tout comme le fait qu’elle semble me détester. Depuis le premier jour de notre rencontre, elle me regarde comme si j’étais un immonde insecte qu’on lui a interdit d’écraser. Comme elle est hyper disciplinée, elle se contente d’appliquer les ordres sans broncher, mais je ne compte plus le nombre de fois où j’ai eu l’impression qu’elle allait me cracher à la figure tout le dégoût que je lui inspire.

Le pire dans tout ça ? C’est que je ne sais même pas pourquoi elle me déteste autant.

Enfin… j’ai une petite idée. Je suppose que c’est comme tous ces gens que je croise au quotidien qui pensent tout savoir de moi parce qu’ils ont lu des articles ou des photos volées sur les réseaux sociaux. Ils ont une idée préconçue de qui je suis et de mes intérêts dans la vie, avant même de m’avoir rencontré en chair et en os.

Donc Raven, dont je ne sais si c’est le vrai prénom (qui lui va comme un gant[1]) ou le surnom, ne fait pas exception à la règle. Elle a décidé que j’étais quelqu’un de détestable et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle n’essaye même pas de cacher ce qu’elle pense. Je suis même étonné qu’elle n’ait pas demandé à son patron d’avoir une autre affectation.

C’est mon amie Angel, la chanteuse qu’on ne présente plus, qui m’a recommandé l’agence Florida Security. Son mari James dirige leur section de Londres. Et avant que Raven ne prenne en charge mon cas, c’est son collègue Owen qui s’occupait de moi. Un gars de Washington avec des origines irlandaises assez cool pour avoir accepté parfois de regarder un match avec moi. Chose que je n’ai même pas essayé de suggérer à Raven. Elle m’aurait probablement dévisagé avec un air blasé tout en me rappelant ensuite qu’elle fait partie de mon personnel et pas de mes amis.

— Ce ne sera que pour la journée, reprends-je, pas prêt à lâcher l’affaire.

— C’est ça, une journée entière sans escorte. Tu te moques de moi ? Accepte au moins de prendre un gars avec toi, et armé. On n’est jamais trop prudent.

— C’est hors de question. Je ne peux pas me pointer là-bas avec une réplique de King Kong qui en plus a un glock à la ceinture.

— Et c’est où, d’abord, là-bas ? Je ne comprends pas pourquoi tu dois à tout prix ne pas me dire où tu souhaites aller.

L’envie de lui dire la vérité me taraude, mais je ne le fais pas. Même si Raven sait être discrète, j’ai appris à mes dépens que parfois même les gens les plus fiables peuvent vous planter un couteau dans le dos.

— Je ne peux pas te dire où je vais.

Elle me lance un regard dédaigneux. Je songe comme bien souvent que son patron serait furieux d’apprendre qu’elle agit de la sorte avec un client, mais je ne dis rien.

— Je vois, tu vas rejoindre une femme mariée ? C’est ça ? Eh bien, tu lui diras de ne pas crier trop fort, à moins qu’elle n’ait envie que Gus, à qui je vais demander de t’accompagner, ait le spectacle sonore de vos ébats. Mais sois tranquille, il ne dira rien.

— Hein ?

Elle pense que je vais rejoindre une femme ? Punaise, mais elle ne pourrait pas être plus loin de la réalité que ça !

— Gus n’aura rien à entendre, déjà parce qu’il ne sera pas là. Ensuite, tu vas me laisser passer ma journée seul.

— Je t’ai déjà dit que c’est hors de question.

Je sais que cette discussion peut durer des heures, alors tout à coup, j’ai une autre idée d’angle d’attaque.

— Si je te lance un défi et que tu perds, tu accepteras de me laisser partir sans escorte.

— Paul, on n’est pas dans un jeu, là.

— Tu accepterais ?

La seule réponse que j’ai, c’est un autre de ses regards noirs.

— Allez, où est ton côté aventureux ? Je sais que tu aimes les défis. Je t’en propose un : on se retrouve dans dix minutes à l’endroit où nous sommes allés courir hier. On fait une simple course : cent mètres, et si je gagne, j’ai le droit de faire ce que je veux. Si tu gagnes, je me plierai à tes ordres.

Ses yeux me fixent comme pour vérifier que je suis bien sérieux, mais au fond d’eux je note tout de même que j’ai piqué son esprit compétitif.


[1] Raven : corbeau en anglais.