Riviera Security – Tome 6

Lorsqu’elle est partie, il a tourné la page, se promettant de ne plus jamais commettre la même erreur. Aujourd’hui, elle est de retour. Est-ce seulement parce qu’elle a besoin de son aide ?

La vie privée de Ted Carter, patron de la prestigieuse agence Riviera Security, est aussi sérieusement gardée que les secrets de ses clients. Si quelques personnes connaissent son passé, aucune n’y fait jamais allusion, de peur de rouvrir de vieilles blessures.

Sasha se retrouve dans une impasse, le seul homme qui pourrait la protéger est celui qu’elle a quitté il y a trois ans, sans hésitation. Il sera difficile de le convaincre, voire impossible. Mais elle a un atout de taille dans sa manche.

Ted peut-il accepter de porter secours à celle qui l’a trahi ? Est-il prêt à lui faire confiance à nouveau ?
C’est l’heure de décider s’il veut écrire une fin différente à leur histoire…

— Tout ça va me manquer, me dit Steve les yeux un peu humides en regardant la fête battre son plein.

— Mais tu seras tellement mieux en Floride avec Jimmy et Tiffany.

Plus ça va, moins notre québécois préféré supporte le froid. Il y a encore quelques années, la chaleur du midi suffisait à son bonheur. Aujourd’hui, nos hivers pourtant doux sont devenus trop rudes pour lui. C’est pour ça que Jimmy et moi avons décidé de lui proposer de participer à l’ouverture de notre filiale en Floride. S’il s’y plaît, il pourra y rester définitivement.

— Et ce sera plus pratique pour mes parents de me rendre visite, ils ne rajeunissent pas, ajoute-t-il tout songeur.

Des grésillements dans mon oreillette me font tourner la tête vers l’un des superbes jardins de la villa Ephrussi de Rothschild où sont installés les invités. L’équipe qui s’occupe de la sécurité a fort à faire ce soir : une radio locale a eu vent du fait qu’Angel et son groupe se réunissaient pour un concert impromptu à Saint Jean Cap Ferrat et la nouvelle s’est répandue à toute vitesse. Nous avons rapidement compris qu’il allait falloir assurer pour avoir la paix.

Le mariage de Ken et d’Élodie sera sans doute en première page des journaux demain. C’est le prix à payer pour bénéficier du récital privé d’une des chanteuses les plus en vogue du moment.

Les jeunes mariés sacrifient à tous les rites traditionnels, y compris l’ouverture du bal par une valse. J’ai surpris le père d’Élodie à verser une petite larme. Il s’est repris et se tient tout droit dans son uniforme d’apparat, au bord de la piste, à les regarder danser. J’imagine qu’il ressent une certaine émotion à marier sa fille unique. Élodie est trop pudique pour l’avouer, mais je sais que si Ken et elle ont pris la décision de s’installer dans la région et de venir travailler avec moi à Monaco, c’est en grande partie pour se rapprocher de lui. Et le fait que Madison vive maintenant elle aussi à Saint-Tropez ne rend ce choix que plus logique. Pas très loin, à la table du père de la mariée, il y a notre gendarme de Saint-Tropez préféré et son épouse, ainsi qu’une poignée de collègues que le lieutenant-colonel Cossa a invités.

Du côté de Ken aussi, si l’on s’en tient aux seuls liens du sang, la famille est plus que réduite : il n’y a que Madison. Accrochée au bras d’Andrea, elle discute avec Tiffany. La petite brune et la grande blonde arborent toutes les deux les tenues de demoiselles d’honneur qu’Élodie a sélectionnées pour elles. Elles échangent un sourire complice qui me donne l’envie de me transformer en petite souris pour aller écouter leur conversation. Oublié pour ces deux-là le souvenir de l’homme qui les a réunis. Enfin je l’espère.

Arkady repose aujourd’hui six pieds sous terre et aux dernières nouvelles, sa mère coule des jours heureux et confortables grâce à tous les biens immobiliers que son fils avait mis à son nom.

Mais il n’y a pas que les liens du sang. Il y également la famille qu’on se choisit. C’est celle-là qui remplit la salle de réception et le jardin ce soir.

La famille Nkosi est là au grand complet. Leur présence a donné à Mouss, notre frère d’armes, l’occasion de réviser je ne sais quel dialecte africain en bavardant avec les parents de Malaika et d’Amhale. Ceux-ci sont sous le charme. Et d’ailleurs, à la façon dont les deux jeunes femmes le dévorent des yeux, il est clair qu’il a séduit les deux générations. Je sens que la fin de soirée va être compliquée pour lui.

Je balaie la salle du regard à la recherche de Jimmy, et finis par le trouver à côté de l’estrade où vont s’installer les musiciens et Angelina dès que la valse sera achevée. À ses côtés discutent James, Nathan et surtout celle qui pourrait se présenter au poste de présidente du fan club d’Angel en France : Mai-Lan. Alors qu’elle est habituellement si calme, la belle détective semble vibrer d’excitation à l’idée d’assister au concert privé que son idole donne pour nous ici, ce soir. Les hasards de la vie sont parfois incroyables.

La valse se termine sous les applaudissements, et le lieutenant-colonel Cossa s’approche de sa fille. C’est en le voyant lui tendre le bouquet qu’il tenait jusqu’alors dans son dos, que je comprends la raison de son air un peu guindé.

Un des techniciens passe un micro à Nathan qui se retrouve ainsi désigné d’office maître de cérémonie.

— Mesdemoiselles, si vous voulez bien vous avancer sur la piste de danse, Élodie va procéder au lancer du bouquet.

Nathan répète son annonce en anglais en forçant sur son accent français, ce qui déclenche l’hilarité générale.

Toutes les candidates au mariage se réunissent sur la piste de danse et l’une d’elles, plus impatiente que les autres, s’exclame :

— Vas-y, nous sommes prêtes !

— Pas tout à fait, répond Élodie en s’appropriant le micro de Nathan. Angelina, où es-tu ? Je sais qu’elle ne voudra pas rater ça.

— Mais elle est déjà mariée ! s’exclame Mai Lan qui à mon avis ne veut pas d’une concurrente supplémentaire.

La star arrive sur la scène en marchant tout doucement, les deux mains posées sur son ventre tout rond, et prend le micro des mains d’Élodie. C’est elle qui fera le décompte, je suppose. Deux secondes plus tard, James est à ses côtés.

— L’équipe est au complet, déclare-t-elle, Élodie, à toi de jouer.

— Oh, je sens que ça va être fun et je ne veux pas rater ça, me dit Steve en dirigeant son fauteuil près de la piste pour être aux premières loges.

Je m’apprête à le suivre, lorsque le chef de la sécurité m’interpelle.

— Boss, vous pouvez venir, s’il vous plaît ? Je suis à côté de l’entrée.

Grâce au micro dissimulé dans la manche, je l’interroge :

— Maintenant ?

— Oui, Ted.

Je fronce les sourcils, car c’est une équipe aguerrie qui est à pied d’œuvre ce soir, et le responsable ne me dérangerait pas sans raison valable. Un coup d’œil vers la piste de danse : Élodie, dos aux convives, s’apprêter à lancer le joli bouquet que son père vient de lui rendre.

— Vous êtes certains que vous ne pouvez pas gérer ça seuls ? lui demandé-je en regardant les fleurs s’envoler en un superbe arc de cercle.

— J’crois pas, boss. Devant moi, j’ai une personne qui n’est pas sur la liste des invités, mais qui insiste pour vous voir.

Sans me laisser le temps de lui expliquer que si elle n’est pas sur la liste, elle ne rentre pas, un point c’est tout, il continue :

— Elle s’appelle Alexandra Carter, et elle dit qu’elle est votre femme.