Après sa rupture douloureuse avec Romain il y a huit ans, Olivia ne croit plus au grand amour et enchaîne les relations sans lendemain. Lorsque le directeur de l’hôtel où elle travaille lui annonce que sa demande de mutation a été acceptée, elle y voit la possibilité d’un nouveau départ. Qui refuserait le poste de gouvernante générale du luxueux Richmond Palace à Cannes ?

Nouvelle ville, nouveau départ ? Rien n’est moins sûr quand Olivia découvre que le chef cuisinier de l’hôtel n’est autre que son ex ! Ajoutez à cela un voisin fraîchement divorcé, aussi attirant que bourru, et il n’en faut pas plus pour que la vie sentimentale d’Olivia soit complètement chamboulée.

Sur fond de glamour et de luxe, retrouvez dans Love Me If You Cannes les personnages haut en couleur de Love in Provence dans une comédie romantique pétillante et pleine d’humour.

Chapitre 1

Ce soir-là, en poussant la porte du Butterfly, le bar de mon colocataire Alexandre, j’espérais que la chance serait au rendez-vous.

J’appréciai la soudaine chaleur qui m’enveloppa. L’air extérieur était glacial, et les quelques mètres que j’avais dû parcourir de ma voiture à l’établissement avaient suffi à me frigorifier.

Comme d’habitude, j’accrochai mon manteau sur une des patères de l’entrée. Je passai une main dans mes cheveux pour vérifier que mon carré brun était à peu près en ordre, et saluai la serveuse. Je me dirigeai ensuite vers le bar, où mon ami officiait. J’avais l’impression de suivre une chorégraphie bien huilée. En effet, j’étais une habituée de l’endroit. J’y aimais l’ambiance, le personnel était sympa, et vivre avec le patron avait des avantages indéniables, comme quelques consommations à l’œil et le fait qu’il y avait toujours une table de libre pour moi.

C’était d’ailleurs le lieu que je privilégiais lorsque je devais rencontrer un homme pour la première fois. Déjà, parce qu’il n’y a rien de mieux que d’être en terrain connu, mais également car la présence d’Alexandre derrière le bar me permettait, en cas de besoin, d’organiser une exfiltration en douceur. Comprenez, si le mec était ennuyeux comme un tableau de Rembrandt, il n’était pas nécessaire d’aller me cacher dans les toilettes et de supplier une copine de m’appeler avec une fausse urgence pour avoir une excuse et m’en aller.

— Salut, beauté ! Tu es splendide, ce soir ! me lança mon coloc avec un clin d’œil charmeur.

— Seulement ce soir ? répondis-je en faisant mine d’être vexée.

Ce genre d’échange faisait également partie de notre rituel. Ne vous y méprenez pas, il n’y avait aucune ambiguïté entre Alex et moi. Nous étions amis depuis tellement d’années que l’on ne les comptait même plus. C’était d’ailleurs un des seuls mecs avec qui je pouvais partager mon appartement. Au moins, quand il oubliait de rincer la douche, avais-je le droit de vraiment l’engueuler. Je dois quand même admettre que son commentaire sur ma tenue me fit plaisir. Je savais que, physiquement, je n’étais pas à plaindre, avec mon mètre soixante-dix, mes yeux noirs et des formes là où il faut, mais un petit compliment est toujours bon à prendre ! Même s’il vient d’un homme qui vous a vue avec cet infâme jogging que vous n’oseriez pas porter en dehors de chez vous.

— Tu sais si mon rendez-vous est là ? demandai-je en jetant un coup d’œil à la salle.

— À moins que tu n’aies rendez-vous avec ton grand-père, je ne crois pas, déclara-t-il au moment même où je détectai la présence de Papet assis à une table au fond.

— C’est pas vrai ! Qu’est-ce qu’il fait encore là ?

Mon ami haussa les épaules.

— Il boit un coup, je suppose.

— Alex, sans vouloir t’offenser, Papet fréquente le même bar depuis que je suis assez vieille pour m’en souvenir. Pourquoi déciderait-il de changer de QG tout à coup ? Et de venir comme par hasard, ici, le soir où j’ai un rancard ? Combien de fois est-il venu pendant mon absence ?

Pour toute réponse, il se contenta d’essuyer ses .

— C’est bien ce que je pensais. C’est toi qui lui dis quand je viens ?

— Eh ! protesta-t-il. Tu ne crois quand même pas ça ? Pourquoi j’irais faire ça ?

— Je ne sais pas. Tu lui donnes des infos peut-être sans le vouloir ?

— À ta place, j’irais plutôt chercher du côté de ta meilleure amie. Qui, à part moi, est au courant à chaque fois que tu as un rancard ?

Il n’avait pas tort. La seule à qui je racontais mes péripéties était Cassie, ma meilleure amie. Et Cassie avait un gros faible pour mes grands-parents, qui la considéraient maintenant comme une de leurs petites-filles. Étant la seule, j’aurais dû être jalouse, mais pas du tout. J’adorais Cassie et, au moins, Papet et Mamée étaient un peu moins focalisés sur moi… Enfin, du moins… le croyais-je. Vu la présence de Papet ce soir, je suspectais qu’interférer dans ma vie les intéressait toujours.

C’est le souci quand on vit à proximité de sa famille, ils ne peuvent s’empêcher de vouloir tout savoir, et de se mêler de ce qui ne les regarde pas. Mis à part pendant mes études, j’ai toujours vécu avec eux dans la ferme familiale. Il y a, comme vous l’avez compris, Marcel et Augustine, mes grands-parents, que tout le monde surnomme Papet et Mamée ; Nicole et Auguste, mes parents ; Mireille, ma tante ; Vincent, mon cousin, et Rose, sa fille. Depuis deux ans, la troupe s’est agrandie avec l’arrivée de Cassie. Tout d’abord considérée comme ma colocataire, la jolie Américaine a réussi, chose exceptionnelle, à dérider mon grognon de cousin et vit maintenant avec lui dans la petite maison de l’autre côté de la cour[1]. Parfois, je me demandais comment serait ma vie si je n’étais pas constamment entourée par tout ce monde. Je les adorais mais, par moments, j’avais l’impression de ne pas pouvoir respirer. Cette sensation devenait de plus en plus récurrente, et je voulais parfois tout plaquer et prendre un appartement ailleurs, juste pour mettre quelques kilomètres entre eux et moi. C’était en général à ce moment-là que ma mère débarquait avec une tarte faite maison, ou que Rose venait me voir pour regarder un dessin animé, roulée en boule contre moi sur le canapé. Cependant, même si ces petits détails du quotidien me rendaient heureuse, la partie de moi qui aspirait à autre chose devenait de plus en plus importante. Et Papet, en se pointant pour m’épier pendant mon rendez-vous, ne fit qu’attiser cette envie.

— Tu vas aller voir ton grand-père ? demanda Alex, me tirant de mes réflexions.

Je hochai la tête et me dirigeai vers la petite table, qu’il avait choisie judicieusement dans un coin, pensant certainement qu’il serait moins facile pour moi de le détecter. Il fit semblant d’être étonné de me voir arriver. Mais c’était un très mauvais comédien. Du moins, ne me laissai-je pas abuser, moi ; je le pratiquais depuis trente et un ans, et j’avais appris à voir clair dans son jeu.

— Olivia, ma chérie, quelle bonne surprise !

Au cas où j’aurais eu un doute, il me suffisait de regarder son copain Maurice, assis en face de lui. Celui-ci leva les yeux au ciel et marmonna :

— Tu parles d’une surprise…

— Alors, Papet, on change ses habitudes ?

Je croisai les bras sur ma poitrine, histoire de lui faire comprendre que je n’étais pas dupe. Loin d’être déstabilisé, il me déclara, en affichant un air innocent :

— Avec Maurice, on avait envie de changer de cadre. Et puis Alexandre est un si gentil garçon, c’est normal qu’on vienne lui rendre un peu visite, n’est-ce pas ?

J’entendis Maurice grogner quelque chose dans sa barbe au sujet du manque de cacahuètes pour accompagner leurs pastis.

— Si tu veux vraiment rendre visite à Alexandre, tu sais où le trouver ; il habite juste un étage au-dessus de toi. Tu n’as pas besoin de venir ici pour m’espionner au passage.

— T’espionner !

Il porta une main à son cœur, pour faire comme si je l’avais insulté.

— Mais pas du tout, ma chérie !

Je m’apprêtais à lui répondre, lorsque je fus stoppée dans mon élan par une voix masculine qui m’apostropha :

— Olivia ?

Je me retournai et découvris un grand brun qui ressemblait énormément à la photo de profil d’Adrien, mon rendez-vous de ce soir. Je lui souris et dis :

— Adrien ?

Ce n’était pas très original, mais j’avais l’esprit trop embrouillé par mon grand-père pour penser à sortir quelque chose de spirituel. Je le foudroyai ce dernier du regard et tournai les talons, essayant de me convaincre de l’ignorer.

Adrien et moi nous dirigeâmes vers la table qu’Alex nous avait réservée. Adrien ne m’aida pas à tirer ma chaise, mais sur ce type de détails. Nous étions assis l’un face à l’autre, et la conversation ne tarda pas à s’engager.

Je devais admettre que les photos qu’il m’avait envoyées étaient assez semblables à son apparence actuelle. Sa calvitie était un peu plus prononcée, mais qui ne triche pas un petit peu ? Moi la première, j’avais deux ans de moins sur mon image de profil. Sinon, il avait de jolis yeux bruns rieurs, des cheveux courts coiffés sur le côté et une barbe de deux jours qui lui ombrait la mâchoire.

Il fit signe à la serveuse pour qu’elle prenne nos commandes. Un mojito pour moi, une bière pour lui. Là, on était en plein mois de février, au milieu d’un bar, il n’allait certainement pas déboutonner sa chemise, mais une fille a le droit de rêver un peu, non ?

Nous discutâmes de tout et de rien, de nos boulots, de notre vie en général. Le courant passait plutôt pas mal, ses yeux ne me quittaient pas une seconde et semblaient apprécier ce qu’ils voyaient. Je sentais l’espoir d’une fin de soirée prometteuse grandir au fur et à mesure. J’avais vraiment envie que ça marche cette fois-ci. Je vivais depuis quelques semaines une traversée du désert, et j’avais hâte de trouver mon oasis. Adrien m’avait tout à fait l’air d’être le genre à pouvoir étancher ma soif, et surtout d’être un gars qui saurait s’y prendre avec une fille comme moi. Une fille qui sait ce qu’elle veut.

Oui, car je pouvais l’affirmer haut et fort, j’étais une fille qui savait ce qu’elle voulait.

Il y a même des gens qui m’enviaient pour ça. Il paraît que je dégageais une assurance qui rendait les femmes jalouses et faisait succomber les hommes. Enfin, pas tous. Il y en a que cela effrayait, mais ça tombait bien, c’était en général ceux qui ne m’intéressaient pas.

Et en matière d’hommes, je savais exactement ce qu’il me fallait : confiant, sexy, musclé, sachant se servir de ses mains – entre autres – et surtout endurant. Remarquez que, sur le dernier point, étant donné que je ne donnais que dans le one shot, cette qualité n’était requise que pour une seule soirée. En gros, il devait mettre le paquet. Après, s’il avait besoin de la semaine pour s’en relever, ça m’était bien égal car, moi, je l’avais déjà oublié.

Pour beaucoup d’hommes, j’étais un véritable cadeau. Vous imaginez ? Une femme qui, lorsqu’elle a couché avec vous, ne s’attend pas à ce que vous la rappeliez. Ça ne court pas les rues !

Je vois déjà ceux qui froncent les sourcils en me collant l’étiquette de fille facile sur le front. Je n’estimais pas faire partie de cette catégorie non plus. J’avais des standards et j’avais besoin de connaître un minimum la personne pour envisager quoi que ce soit. La plupart du temps, je rencontrais les hommes sur Internet, je discutais avec eux puis, s’ils passaient la première sélection, j’acceptais un rendez-vous. Au fil des ans, j’avais appris toutes les ficelles pour éviter les psychopathes, les micropénis, les faux plans cul – ceux qui, en réalité, cherchaient la femme de leur vie mais ne le savaient parfois même pas eux-mêmes – et les hommes mariés.

Le seul problème ? C’était qu’après le premier écrémage, il ne restait pas grand monde. Surtout si l’on prenait en compte mon cadre de vie. Je résidais dans une région dont le charme était reconnu à travers le monde, et qui vendait du rêve sur cartes postales. Mais, la plupart d’entre elles ne contenaient pas de photos de jeunes hommes au sourire enjôleur ; pour cause, ils se faisaient plutôt rares. Je vivais dans le Luberon, dans un village aux allures de crèche provençale, et un paquet d’hommes autour de moi avaient été des contemporains de tous les présidents de la Ve République sans exception. Voire avaient eu l’occasion de voter pour eux. Quant à ceux qui étaient dans ma tranche d’âge, une grande partie était à mettre dans une des catégories à éviter citées auparavant. Je vous rassure, la plupart parce qu’ils étaient mariés, le Luberon n’est pas un repère de psychopathes. Pour les micropénis, je n’ai pas de statistiques.

Après un verre, nous décidâmes de commander à manger. Si la nuit devait être longue, autant ne pas avoir l’estomac vide. Adrien ne sourcilla pas lorsque je choisis un burger. Il était hors de question de me contenter d’une salade pour jouer la fille soucieuse de ne pas prendre un gramme. Oui, je faisais attention à ma ligne, mais non, je n’étais pas prête à me sacrifier non plus. La vie est trop courte pour ça. J’avais des rondeurs que j’assumais parfaitement, et je peux affirmer que je n’étais pas la seule à les apprécier. Je n’avais pas eu de réflexion négative sur mon physique depuis bien longtemps.

Lorsque la serveuse débarrassa nos assiettes, Adrien posa sa main sur la mienne.

— Ça te dit…

Sa phrase commençait bien, très bien. Malheureusement, il ne put jamais la finir car Alexandre nous interrompit :

— Olivia, j’aurais besoin de toi une seconde.

[1] Vous avez suivi ? Si vous avez envie d’en savoir plus sur la famille d’Olivia, n’hésitez pas à lire Love in Provence !


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  • Disponible : Kindle et Broché
  • Nombre de pages : 313
  • Date de parution : 21 Août 2018