Cassie est américaine et travaille comme consultante pour le groupe hôtelier Richmond. Son rêve ultime ? Diriger un jour un hôtel. Quand ses patrons l’envoient en France pour une dernière mission avant de lui confier un établissement, elle saute dans le premier avion pour Marseille, bien décidée à faire ses preuves.

Malgré son habitude des voyages, lorsqu’elle se retrouve dans le Lubéron, au cœur de la Provence des cartes postales, l’expérience est très différente de ce à quoi elle s’attendait ! Le mistral, la gastronomie à la française et le chant des cigales la plongent dans un univers dont elle n’avait jamais osé rêver.

Sa collègue Olivia va l’entraîner à la rencontre des personnages hauts en couleur de sa nombreuse famille, et Cassie ne restera pas insensible au charme troublant de Damien, le sexy directeur de l’hôtel. Son plan de carrière bien huilé résistera-t-il à ses aventures lubéronnaises, et à l’amour ?

Janvier

« Mesdames et Messieurs, nous allons atterrir à l’aéroport de Marseille-Provence dans quelques minutes. Veuillez attacher vos ceintures et relever vos tablettes. Il est 14 h 05, la température extérieure est de 13° Celsius avec un léger vent d’ouest. Veuillez rester assis jusqu’à l’arrêt complet de l’appareil. Merci. »

La plupart des passagers du vol en provenance de Montréal n’avaient prêté qu’une oreille distraite à l’annonce de la chef de cabine. Les habitués des vols transatlantiques n’écoutaient plus ce genre d’informations depuis longtemps, et c’était mon cas également en temps normal. Mon métier impliquait à cette époque de nombreux déplacements en avion, et je faisais partie de cette catégorie de voyageurs blasés.

Cependant, ce jour-là, malgré la fatigue d’un vol interminable, je ressentis une pointe d’excitation en entendant le message débité sur un ton monocorde. Peut-être en partie parce qu’il annonçait la fin de mon calvaire. Je venais de passer huit heures coincée entre un gamin boutonneux dont la console de jeux émettait des bruits stridents et un businessman à l’embonpoint envahissant et aux ronflements sonores, qui avait eu la merveilleuse idée d’avaler un somnifère dès le décollage et s’était endormi lourdement. Ma seule tentative pour me rendre aux toilettes fut transformée en séance de contorsions, à la manière des gymnastes du Cirque du Soleil. Quelque part au-dessus de l’Atlantique, j’avais regretté les progrès de la technologie qui permettaient aux batteries de ces appareils de tenir si longtemps.

Je trépignais d’impatience sur mon siège, j’étais à quelques minutes du début d’une nouvelle aventure. Je m’installais pour les dix-huit prochains mois en Provence.

Travaillant pour le groupe d’hôtellerie de luxe Richmond, depuis dix ans maintenant, je me rendais dans leur établissement nouvellement acquis du Luberon. Ma mission, là-bas, consisterait à développer l’identité Richmond, en prévoyant des transformations dans l’hôtel, et en y faisant appliquer les méthodes de travail du groupe. Mes missions duraient en général entre six et douze mois et m’avaient conduite aux quatre coins de l’Amérique du Nord.

J’étais bonne dans mon travail, peut-être même la meilleure, sans trop me vanter. Les dirigeants du groupe, satisfaits de mes résultats, avaient donc automatiquement pensé à moi pour leur nouveau bébé, qui était la première étape de leur stratégie de développement sur le Vieux Continent. J’avais accepté sur la promesse qu’à mon retour, on me confierait la direction d’un établissement aux États-Unis. En effet, je commençais à me lasser de ce boulot de consultante et souhaitais passer à l’étape suivante.

Pourquoi ?

Ma mère aurait dit que c’était l’opportunité de rentrer au pays, rencontrer quelqu’un, me marier, pondre 2,5 marmots et acheter un pavillon de banlieue avec une clôture en bois blanc. Si possible pas trop loin de chez elle, l’option Golden Retriever étant le petit plus indispensable. Assez drôle quand on pense qu’elle a passé toute sa vie en plein cœur de Chicago.

Mon employeur aurait argumenté que c’était la suite logique de ma carrière, une augmentation conséquente et la possibilité d’apporter mon expertise acquise à travers divers établissements à celui que je dirigerai.

Mes amis pensaient que c’était pour me stabiliser, me rapprocher d’eux et de ma famille.

Ils avaient tous un peu raison, et tort également (surtout pour les 2,5 marmots). En fait, je voulais diriger un hôtel depuis toujours. Depuis qu’enfant, mes parents m’avaient trimbalée dans les établissements les plus luxueux, au gré des voyages d’affaires de mon père. J’avais toujours été fascinée par tous ces gens travaillant dans les hôtels qui s’affairaient pour faire fonctionner ces grosses machines, en un ballet élégant, semblable à celui d’une ruche, chacun avec son poste bien défini. Et moi je voulais être la reine des abeilles.

J’avais suivi un cursus dans l’une des plus grandes écoles hôtelières du monde, en Suisse, et avais été embauchée par le groupe américano-canadien Richmond, à peine mon diplôme en poche. Diriger un jour mon propre établissement était ce qui me motivait depuis plus de dix ans. J’avais travaillé comme une acharnée et j’avais vraiment hâte à présent d’atteindre mon but.

Quelques heures coincée en classe économique seraient bien vite oubliées alors que je touchais mon rêve du bout du doigt. Et mon exil en France en valait bien la peine, je ne savais juste pas à ce moment-là, à quel point.

***

Je quittai la carcasse de métal, remontant les allées qui avaient perdu de leur superbe, abandonnées par leurs voyageurs qui laissaient derrière eux papiers gras et couvertures en vrac. Je répondis d’un petit signe de tête à la chef de cabine qui nous adressait d’un sourire las un « bonne journée ! » Une fois mes bagages récupérés, et entassés tant bien que mal sur un chariot, je sortis de la zone voyageurs et cherchais des yeux le chauffeur qui avait dû être envoyé par l’hôtel.

J’avais beau scruter chaque homme en costume sombre muni d’une pancarte, aucun d’entre eux n’en arborait une avec mon nom ou celui des hôtels Richmond. Je jetai un œil à ma montre qui était restée à l’heure de la côte Est des États-Unis, faisant mentalement le calcul du décalage horaire. Mon avion avait atterri pile à l’heure. On m’avait prévenue que la notion de ponctualité dans le sud de la France n’était pas la même qu’en Suisse, je décidai d’aller m’installer sur une des chaises métalliques de l’aéroport pour attendre mon chauffeur.

J’étais fourbue par le voyage, et les jours qui avaient précédé mon départ n’avaient pas été de tout repos. J’avais dû me rendre à Montréal, siège des hôtels Richmond, pour faire un point avec l’équipe dirigeante, tout en finalisant les derniers détails de mon déménagement. Je n’avais qu’une seule envie : rallier une chambre d’hôtel au plus vite pour y retrouver un peu d’intimité, un matelas moelleux et surtout une bonne douche chaude.

Une demi-heure plus tard, je m’étais fait une raison : le chauffeur n’était pas là. J’appelai l’hôtel qui, après m’avoir trimbalée d’un service à un autre (un peu moins lorsqu’ils ont finalement compris qui j’étais), m’informa que le siège leur avait confirmé une arrivée pour le lendemain. Après avoir abrégé les excuses maintes fois répétées de la jeune femme que j’avais eue au bout du fil, lui promettant que je me débrouillerai toute seule, je partis à la recherche d’un taxi.

Je fis la queue brièvement, puis une berline blanche s’arrêta devant moi. Le chauffeur, un homme d’une quarantaine d’années, petit et trapu en sortit et s’empara de mes bagages comme s’ils ne pesaient rien.

Je lui annonçai ma destination, et son regard s’emplit de la joie de celui qui a gagné la course de la journée. J’avais vaguement regardé sur Internet avant de partir, l’hôtel se situait dans le département du Vaucluse, à un peu plus d’une heure de route. Ce qui lui ferait une somme rondelette en poche à la fin de l’après-midi. L’homme portait un maillot turquoise et blanc, et je me souvins qu’il s’agissait de celui de l’équipe locale. Je me rappelai vaguement que mon ami Jerry m’avait parlé d’un film racontant l’histoire d’un taxi marseillais, amateur de vitesse et de l’OM. Je lui demandai alors, histoire d’être aimable, s’il soutenait l’équipe de l’Olympique de Marseille.

Le chauffeur pila presque net à ma question, heureusement que j’avais déjà bouclé ma ceinture de sécurité. Il me lança dans le rétroviseur un regard ahuri. Certes, ma question était un peu bête, il n’allait pas porter le maillot d’une équipe qu’il n’aimait pas.

— Et qui voulez-vous que je supporte ? s’exclama-t-il d’une voix forte à l’accent chantant. On a la meilleure équipe du monde, dans la plus belle ville du monde ! Bien sûr que je soutiens l’OM ! Ici tout le monde soutient l’OM ! On l’a dans le sang nous les Marseillais !

Je vous fais grâce de l’exposé détaillé que je subis pendant la vingtaine de minutes qui suivit, sur les joueurs, les derniers matchs, l’histoire du Vélodrome (leur stade apparemment, quel rapport avec le vélo je n’en avais aucune idée) et même quelques insultes sur d’autres équipes dont j’oubliai bien vite les noms. Je retins surtout que le football avait l’air d’être sacrement important dans le coin, peut-être était-ce le cas également dans le Luberon ? Il allait falloir que je me renseigne dans ce cas sur les règles de ce sport, peu médiatisé dans mon Chicago natal ou dans les autres villes où j’avais vécu, ni même en Suisse où j’avais fait mes études.

Avec le babillage incessant du chauffeur de taxi en fond sonore, nous avions quitté l’autoroute depuis un petit moment, et nous nous retrouvâmes dans une vallée beaucoup plus… champêtre ! Je savais que cette destination serait différente de ce dont j’avais l’habitude, j’avais vécu principalement dans des grandes villes. En m’étant renseignée sur le Luberon, j’avais bien compris que celui-ci était aux antipodes de mon cadre de vie habituel, et qu’il me faudrait peut-être un petit temps d’adaptation. J’avais cependant imaginé qu’il y aurait… comment dire ? Plus de monde ? Certes, nous étions le 2 janvier et certainement pas dans la haute saison touristique, mais les routes désertes, et les maisons aux volets clos me donnaient un peu d’appréhension. Ces contrées qui semblaient vidées de leurs habitants contrastaient avec le ciel d’un bleu lumineux et profond. J’essayai de me focaliser sur le positif, et me demandai à partir de quand il ferait assez chaud pour se baigner. Je m’imaginais déjà appeler, d’ici quelques semaines, mes amis encore au cœur du rigoureux hiver nord-américain, alors que je serais en terrasse à siroter un verre de rosé au soleil.

Nous passâmes le panneau signalant l’entrée dans un nouveau village. Il s’agissait de Gordes, la commune où se situait l’hôtel. J’aperçus, à travers la vitre du taxi, un village conforme en tout point au cliché que nous avons, nous Américains, du petit bourg provençal. Accrochées sur la colline et surplombant la vallée, les maisons de pierre semblaient tout droit sorties d’un dépliant publicitaire. Comme bon nombre de mes compatriotes, j’étais fascinée par le fait que certains de ces édifices étaient plus anciens que mon pays. J’imaginais sans peine que cet endroit, surtout l’été, devait attirer beaucoup de touristes. Je me promis d’essayer d’y venir très rapidement pour en découvrir à mon tour ses secrets. J’avais fait quelques recherches ces dernières semaines, aussi bien pour arriver à cibler la clientèle qui fréquenterait l’hôtel, que par intérêt personnel : de nombreux sites intéressants se trouvaient dans les environs. Une partie de mon travail nécessitait de connaître les sites touristiques de la région.

Le taxi quitta la nationale et passa un grand portail en fer forgé. Il s’engagea dans une allée bordée de hauts cyprès qui pointaient fièrement vers le ciel bleu azur. Quelques centaines de mètres plus loin, nous arrivâmes devant l’entrée principale de l’hôtel. Le taxi stoppa, et un voiturier se précipita pour ouvrir ma portière. Une fois mes bagages sortis de la voiture, confiés au bagagiste, et la course réglée, je pris une minute pour détailler mon environnement. La bâtisse, vue depuis le point où je me trouvais, avait un aspect assez intimiste. Montée en pierres sèches, la façade était typique, je l’appris plus tard, de la région. De grands pins parasols devaient apporter en été une ombre appréciée. En ce début janvier, la végétation sommeillait, mais l’on s’imaginait sans peine le romarin en fleurs et la lavande parée de ses épis violets, à la belle saison.

Ayant déjà la tête au travail, je décidai que cette entrée était certes jolie mais pas assez accueillante, il nous faudrait travailler là-dessus dans les prochaines semaines. Les hôtels Richmond voulaient offrir à leurs clients une atmosphère luxueuse, mais chaleureuse avant tout. Notre clientèle, haut de gamme, était en grande partie familiale, et cette entrée me semblait un peu trop austère pour des personnes débarquant, après un long voyage, avec bagages et enfants, en quête d’un havre de paix.

J’entrai et traversai le lobby principal, qui deviendrait, sans aucun doute, un lieu familier. Il était d’un blanc immaculé. Des tapis aux confortables fauteuils organisés en plusieurs petits salons, tout se reflétait dans le marbre, blanc lui aussi. Les deux réceptionnistes vêtues d’un tailleur strict noir étaient le seul point de couleur de la pièce (bien que le noir ne soit pas considéré comme une couleur). Je me postai devant elles.

— Bonjour, je suis Mlle Harper, je suis envoyée par le siège des hôtels Richmond en tant que consultante, je pense que vous devez être au courant de mon arrivée, même si celle-ci n’avait été enregistrée que pour demain ?

La jeune femme en face de moi m’adressa un regard inquiet et curieux à la fois. Cela pouvait se comprendre, en règle générale lorsque quelqu’un débarque du siège, cela crée toujours une source de stress parmi les employés qui pensent qu’on leur a envoyé un flic. À chaque fois que j’arrivais dans un nouvel hôtel, les équipes mettaient un petit moment à me considérer comme l’une des leurs. Cela ne m’avait jamais vraiment gênée, car ayant bien conscience que je me trouvais sur place pour une mission à durée déterminée, je ne prenais pas la peine de copiner avec mes collègues de travail. D’autant plus, que hiérarchiquement, même s’ils ne dépendaient pas directement de moi, je n’en restais pas moins leur supérieure. Et garder une certaine distance me facilitait la tâche.

— Je préviens M. Lombard, le directeur de l’hôtel, de votre arrivée.

La réceptionniste décrocha son téléphone et composa le raccourci lui permettant de joindre son patron. Elle lui annonça mon arrivée d’un ton un peu trop apprêté, puis m’invita à patienter dans l’un des canapés. Je ne m’y assis que du bout des fesses, ayant peur de me faire happer par son confort, et que mon manque de sommeil ne se fasse plus durement ressentir. Je n’eus cependant pas le temps d’y rester bien longtemps, car un homme s’avançait déjà vers moi d’un pas énergique.

Et quel homme ! Grand, élancé, l’assurance qu’il dégageait ne faisait aucun doute, tout comme la provenance de son costume impeccablement coupé, certainement acheté dans une boutique de luxe. Ses cheveux châtains et ondulés à la manière du Dr Mamour encadraient un visage aux lignes viriles, mais surtout parfaites, rehaussées par des yeux d’un bleu profond.

Il m’assena le coup final en me décrochant un sourire d’une blancheur éclatante, façon publicité pour un dentifrice. Il n’avait pas encore dit un mot, j’étais déjà sous le charme.

Et apparemment je n’étais pas la seule, car par je ne sais quel mouvement de ninja surentraîné, et plus rapidement qu’un éclair, la réceptionniste se matérialisa à mes côtés, coupant l’élan de son patron qui allait me serrer la main.

— Mlle Harper est arrivée, lui annonça-t-elle en battant des cils à la manière d’un papillon au décollage.

— Oui, je m’en suis aperçu lui répondit-il sans même lui décrocher un regard. Vous pouvez reprendre votre poste, Christelle.

Mon Dieu cette voix !

Tel un fondant au chocolat ! Cette pâtisserie très en vogue dans les restaurants français avait représenté un sérieux point positif dans mon projet de m’installer en France. Le moment où l’on plonge sa cuillère dans le gâteau, prenant à la fois une partie de son cœur coulant et la pâte qui l’entoure et lorsqu’ensuite on porte cette cuillerée à la bouche pour se délecter de l’onctuosité du chocolat : eh bien, la voix de cet homme me fit ressentir une sensation tout à fait similaire. J’étais à la limite de l’orgasme culinaire !

— Damien Lombard, annonça-t-il. Enchanté de faire votre connaissance, et bienvenue chez nous, ajouta-t-il dans un anglais parfait à peine teinté d’un léger accent qui ne le rendait que plus sexy.

— Moi de même, réussis-je à articuler en tentant de reprendre mes esprits et surtout de saisir la main qu’il me tendait.

Main qui, je le découvris, était grande et virile tout en étant douce et soignée.

— Nous avons pas mal de travail qui nous attend, je vous propose que nous fassions déjà ensemble le tour de l’hôtel pour que vous puissiez avoir un premier aperçu de l’endroit.

J’avais vainement espéré qu’il se contenterait de me saluer, et peut-être de m’escorter jusqu’à ma chambre, où j’aurais pu enfin prendre une douche et m’écrouler de sommeil. Ou éventuellement, depuis une minute, j’étais prête à zapper la sieste pour tester avec lui la literie proposée par l’établissement.

Cassie ! Mais d’où te viennent ces idées !

Apparemment, ce ne serait pas le cas. J’allais devoir faire le tour du propriétaire avant d’espérer accéder au repos du guerrier. Heureusement que le guide était charmant ! Je me réprimandai intérieurement pour cette nouvelle pensée. Cet homme allait être mon plus proche collaborateur dans les prochains mois, ce serait une très mauvaise idée que de développer ne serait-ce que le plus petit intérêt pour lui. D’autant plus qu’il était très certainement marié. Bien qu’à l’heure actuelle, son annulaire gauche soit dénué de toute alliance. Une fois de plus, je me blâmai pour avoir eu l’idée de vérifier ce détail. J’étais ici pour un an et demi, je n’étais pas là pour me faire des amis et encore moins pour succomber au charme d’un jeune Français, aussi séduisant et bien coiffé soit-il.

Nous commençâmes notre visite par le restaurant gastronomique. En pleine après-midi celui-ci était vide. La décoration restait dans le même thème que le hall de l’hôtel, en un peu moins blanc quand même. Je me fis la réflexion que cela devait être extrêmement salissant. J’allais certainement devoir y manger dans les prochains mois, et veillerais à ne pas commander de plats en sauce, n’étant pas particulièrement connue pour mon adresse (me revint en mémoire un incident avec une robe blanche et une menthe à l’eau). Nous passâmes côté cuisine, et Damien Lombard me présenta au chef. Le petit homme moustachu me dévisagea dédaigneusement, pensant certainement que son étoile au guide Michelin faisait de lui un être bien supérieur à moi, pauvre ressortissante du pays de la malbouffe. Il expédia notre rencontre, prétextant de la paperasse à terminer avant le service du soir. Il me faudrait certainement du temps avant qu’il n’accepte de me faire goûter ses sauces à même la cuillère, cela n’arriverait peut-être jamais.

En sortant de la cuisine, Damien Lombard me fit visiter la brasserie qui proposait des plats plus simples et très prisés à l’heure du déjeuner. En été, sa grande terrasse accueillait les convives au bord de la piscine, et on imaginait sans peine que la vue, déjà idyllique en ce début janvier, devait être superbe à la belle saison.

Les pièces s’enchaînaient : salles de réunion, bureaux, cafétéria du personnel, lingerie, que ce soit côté public, ou, à l’envers du décor, côté employés, aucun endroit ne me fut épargné. Par contre, je n’avais toujours pas vu une seule chambre de l’établissement.

  1. Lombard me présenta une jeune femme brune qui devait avoir à peu près mon âge. Son carré plongeant tombait impeccablement un peu au-dessus de ses épaules, et malgré son tailleur strict, elle me fut immédiatement sympathique.

— Mademoiselle Harper, je vous présente Olivia Allard notre gouvernante générale. Olivia travaille pour l’hôtel depuis de nombreuses années, elle est au courant de tous ses secrets. C’est également une fille du pays, elle connaît la région comme sa poche.

— Enchantée, me dit-elle en me tendant la main pour une poignée énergique. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n’hésitez pas. Nous sommes heureux de vous avoir parmi nous.

— Oui très heureux, renchérit M. Lombard, m’adressant un autre de ses sourires « Ultra Brite »

Cette visite était fortement sympathique, mais il était maintenant grand temps de voir ces fameuses chambres. Je tentai alors une approche détournée :

— Mademoiselle Allard, justement pourriez-vous me faire visiter quelques chambres et me montrer ainsi votre travail et celui de votre équipe ?

— Eh bien… commença-t-elle gênée en jetant un coup d’œil à son patron.

— En fait, cela devra attendre un autre jour, car nous sommes complets aujourd’hui. Nous avons loué toutes les chambres pour la Saint-Sylvestre et les gens ont prolongé leur séjour pour la plupart jusqu’à demain. Mais bien entendu Olivia se fera un plaisir de vous montrer tout cela dès que ce sera possible.

— Bien, je pense que je me contenterai de voir la chambre où je dois dormir pour ce soir alors, répondis-je un peu déçue, même si cela pouvait effectivement attendre le lendemain.

— À ce sujet, nous avons justement un léger problème, admit-il gêné en se grattant la nuque. Le siège ne nous avait annoncé votre arrivée que pour demain, ce qui fait que malheureusement nous n’avons pas de chambre disponible pour vous ce soir.

Je mis une seconde à réaliser ce qu’il était en train de me dire. Et lorsque ce fut fait, j’eus l’impression qu’on m’assommait à coups de burin. Tout espoir de douche dans les trente prochaines minutes s’envola, et avec, le reste d’enthousiasme lié à mon arrivée ici.

— Mais alors où vais-je loger en attendant ?

J’essayai de ne pas paraître trop désespérée, même si intérieurement je me sentais au bout du rouleau.

— Le service des réservations est en train d’appeler nos confrères pour vous trouver une chambre, mais j’ai bien peur que vous deviez aller jusqu’à Cavaillon. Une partie des établissements de la région sont fermés en hiver.

Je n’avais aucune idée d’où se trouvait Cavaillon, le nom me paraissait vaguement familier (je ne sais pas pourquoi j’associais cela aux melons), mais je savais que je n’avais pas envie de reprendre un taxi pour aller me perdre à je ne sais combien de kilomètres d’ici.

— Et vous n’avez pas une chambre pour le personnel ? Une pièce de repos ? Un endroit où je pourrais me doucher et dormir quelques heures, même sur un canapé ?

J’étais prête à faire une croix sur le confort pour ne plus voyager de la journée.

— Pas vraiment, non…

— J’ai peut-être une solution, coupa timidement Olivia. J’habite à deux kilomètres d’ici et je finis dans une demi-heure, Mlle Harper pourrait loger dans ma chambre d’amis pour ce soir ? Si cela lui convient bien sûr ! s’empressa-t-elle d’ajouter.

Sur le moment je l’aurais embrassée. J’avais bien dit qu’elle m’avait l’air sympathique ! Je lui adressai mon plus beau sourire et lui répondis :

— Ce serait parfait, si cela ne vous dérange pas trop. Et s’il vous plaît, appelez-moi Cassie.

***

Et c’est ainsi qu’une demi-heure plus tard, je me trouvai dans la voiture d’Olivia Allard pour me rendre chez elle. Relativement neuve, c’était un de ces modèles super compacts affectionnés par les Européens, et que nous, Américains, étions incapables de manœuvrer, de peur de nous faire écraser par un gros pick-up au premier feu rouge.

Elle fonçait sur les petites routes de campagne, si bien qu’il ne nous fallut que quelques minutes pour rejoindre son immeuble. Enfin immeuble… Cela ressemblait plus à une grande ferme dans laquelle devaient cohabiter plusieurs familles. La bâtisse tout en pierre semblait avoir été agrandie au fil des siècles.

— La propriété appartient à ma famille, m’apprit Olivia. Elle a été construite en 1820. Mes parents habitent en bas ainsi que ma tante, mes grands-parents sont au premier, et mon cousin dans la dépendance que tu vois là-bas. Et moi je suis tout en haut !

Je me demandai ce que cela pouvait faire de vivre avec toute sa famille installée à proximité. Avec mes parents, même lorsque nous vivions ensemble, nous nous croisions rarement. Mes grands-parents avaient toujours vécu à des centaines de kilomètres, et je n’avais pas de cousin ni de frère et sœur.

Nous entrâmes dans son appartement situé au deuxième étage. L’espace était agréable et plutôt bien agencé. Il avait le charme biscornu des vieilles demeures, et je tombai immédiatement amoureuse de l’endroit. Par contre, Olivia n’avait pas l’air d’être particulièrement maniaque sur le rangement, plutôt drôle quand on savait comment elle gagnait sa vie.

— Désolée c’est un peu en désordre, je ne m’attendais pas à avoir de la visite, bafouilla-t-elle.

Je répondis d’un sourire poli, lui faisant comprendre que cela m’était bien égal. C’était la vérité, j’étais bien trop heureuse d’avoir un point de chute pour la soirée, fût-il un peu en bazar.

— Viens, je vais te montrer ta chambre, tu dois être crevée.

En la suivant dans le couloir, je notai qu’elle était passée au tutoiement, ce qui me convenait tout à fait. Nous n’avons pas cette subtilité de langage en anglais, mais si j’avais appris quelque chose lors de mes études en Suisse, c’était que si quelqu’un vous tutoyait rapidement, c’est qu’il se sentait à l’aise avec vous. Et j’avais envie qu’Olivia se sente à l’aise avec moi. Nous allions travailler ensemble et j’avais besoin que mes collègues m’apprécient pour faire du bon travail. De plus, je sentais qu’Olivia pourrait devenir plus qu’une simple collègue, même si je ne la connaissais que depuis une heure et demie tout au plus, et que cela allait à l’encontre de mes principes habituels.

La chambre était petite, mais coquette, un grand lit double trônait en son centre. Une robuste armoire en bois cérusé occupait un coin de la pièce. De jolies tables de chevet et un couvre-lit complétaient cette atmosphère très féminine. Une porte-fenêtre donnait sur un petit balcon où une minuscule table et deux chaises en fer forgé avaient été installées. La vue dégagée donnait sur les champs environnants, plantés de lavande et d’arbres fruitiers. Le mois de janvier n’était certainement pas celui qui sublimait le plus la nature, mais une impression de calme et de sérénité se diffusait sans peine. Une vue parfaite pour une chambre d’hôtel, pensa l’hôtelière en moi.

— La salle de bains est juste en face, tu trouveras des serviettes dans le placard sous le lavabo. Surtout fais comme chez toi !

— Merci, Olivia, c’est vraiment gentil de m’accueillir au pied levé.

— Mais de rien, tu verras, nous sommes très accueillants, dans le Lubéron. Et cela me fait plaisir d’avoir de la compagnie.

***

Après ma douche, je sortis quelques affaires de ma valise sans pour autant m’installer, après tout ce ne serait que pour une nuit ou deux. Je rejoignis Olivia qui s’adonnait à une activité qui ne m’était absolument pas familière : la cuisine.

— Ça sent super bon ! m’exclamai-je en tentant d’apercevoir quels aliments étaient à la source de ce délicat fumet.

— Merci, ce n’est rien d’exceptionnel, juste une soupe que je fais réchauffer. Je pensais faire un peu de salade verte avec si ça te dit ? Je suis désolée je n’ai pas grand-chose dans mon frigo.

— Ce sera parfait. Est-ce que je peux t’aider pour quelque chose ?

J’espérai qu’elle me dise non, ou bien qu’elle me propose de mettre la table, mais malheureusement pour moi elle me répondit :

— Oui, tu pourrais préparer la salade.

Elle me désigna la chose verte posée à côté de l’évier. Je fus saisie d’horreur en comprenant que par « préparer la salade », elle sous-entendait qu’il fallait également que je la lave !

Je pris le légume dans mes mains, le fixant d’un air dubitatif. Après tout, cela ne devait pas être bien compliqué de laver une salade ? Il suffisait d’enlever les grosses traces de terre qui la maculaient, et certainement d’ôter les endroits abîmés. Alors que j’étais entrée, depuis quelques années déjà, dans la troisième décennie de mon existence, ce n’était pas une vulgaire laitue qui allait me mettre à genoux ! Mais était-ce une laitue ? Je n’en étais pas certaine.

Je me mis à la tâche avec ardeur, effeuillant la plante potagère. Olivia m’avait donné une essoreuse. Au moins, je connaissais l’objet pour avoir joué avec, enfant. Mes parents avaient, à cette époque, une cuisinière mexicaine du nom de Maria, et elle me laissait régulièrement l’observer cuisiner. Comme vous pouvez le deviner, je n’en avais, par contre, tiré aucun enseignement. Au moment d’essorer la salade, je me saisis de l’appareil pour le faire tourner de toutes mes forces.

Je soulevai une feuille, puis subitement je poussai un cri digne de la jolie blonde poignardée dans Psychose d’Hitchcock, lâchant immédiatement la salade dans l’évier. Je reculai d’un coup, percutant au passage Olivia, et partis me réfugier derrière elle.

— Que se passe-t-il ? s’inquiéta-t-elle.

Oh my God ! Là, là, sur la salade ! m’écriai-je.

Elle s’avança vers le légume. Une bête brunâtre et visqueuse se dandinait allègrement sur sa feuille, et comble de l’horreur, j’avais mis le doigt dessus ! Allez savoir quelle maladie j’allais pouvoir attraper ?

— C’est juste une petite limace, rigola-t-elle.

— Petite ? Mais cette bestiole est énorme ! Je l’ai touchée en plus ! Je ne suis même pas sûre d’être vaccinée contre les morsures de limaces !

Olivia éclata de rire et me répondit :

— Les limaces ne mordent pas, Cassie, et ce n’est pas la dernière fois que tu en trouveras une dans la salade. Cela ne t’était jamais arrivé avant ?

— Quoi ? Me faire attaquer par un gastéropode ? Bien sûr que non !

— Oh ! Tu n’avais jamais lavé de salade ? s’étonna-t-elle les yeux écarquillés.

— Non, je l’achète en sachet, toute prête, normalement.

— Ah ! Je comprends mieux ! Moi c’est tout l’inverse, je n’en ai jamais acheté en sachet. Celle-ci vient du jardin, tu verras elle a un goût exceptionnel !

Une fois la salade débarrassée de son habitante, Olivia l’assaisonna. En y réfléchissant, elle ne me proposa pas de le faire, elle dut se douter là aussi que j’achetais la vinaigrette toute faite. Nous passâmes à table, Olivia nous servit un verre de vin rouge à chacune. La conversation fut naturelle. Nous parlâmes tout d’abord de notre travail, elle aimait le sien, cela se voyait. D’après elle, l’ambiance à l’hôtel entre employés était plutôt agréable. M. Lombard était un patron exigeant, mais juste. Il était particulièrement attentif au travail de la gouvernante et des femmes de chambre, ne supportant apparemment pas de trouver le moindre grain de poussière.

Elle me posa ensuite des questions sur ma famille. Il n’y avait pas grand-chose à dire. J’étais fille unique, mon père possédait une entreprise d’import-export dont il avait hérité de son propre père. Il était tombé amoureux d’une de ses collaboratrices : ma mère. À ma naissance, celle-ci avait levé le pied, se partageant entre mon éducation et l’entreprise. Nous accompagnions souvent mon père dans ses déplacements, du moins quand le calendrier scolaire le permettait, ce qui faisait que j’avais déjà parcouru les cinq continents. Une enfance je dirai normale, dans un cadre un peu privilégié cependant.

— Et toi, comment fais-tu pour vivre avec toute ta famille juste à côté ?

— Tu sais, je ne connais que ça. J’ai grandi avec mes grands-parents, mon oncle, ma tante et mon cousin qui vivaient autour de nous. J’ai bien habité seule pendant trois ans lors de mes études à Paris, mais ils m’ont sincèrement manqué. C’est vrai que par moments ils sont un peu envahissants, et qu’ils se mêlent de choses qui ne les regardent pas, mais c’est aussi super de pouvoir aller leur rendre visite, dès que j’en ai envie. Si je n’ai pas le moral, je descends boire un café avec mes grands-parents ou bien je vais voir mes parents.

— Je suppose que ça doit avoir ses avantages, dis-je sans grande conviction.

Elle se leva et entreprit de débarrasser la table, je la suivis avec le reste de la vaisselle.

— Et toi, où penses-tu vivre après ? Je suppose que tu ne vas pas rester à l’hôtel pendant tout le temps de ta mission ?

— Non, il va falloir que je me trouve rapidement un appartement.

— Tu as déjà des plans ?

— Pas vraiment, je suppose que je vais devoir passer par une agence. Tu en as peut-être une à me recommander ?

Elle lâcha brusquement la pile d’assiettes dans l’évier.

— Eh ! Mais j’y pense ! Tu pourrais t’installer ici ! Je n’ai jamais besoin de ma chambre d’amis, tu pourrais devenir ma colocataire, ce serait génial de partager l’appartement. Je pourrais te le louer à un tarif meilleur que celui du marché, moi je ne serais pas contre une rentrée d’argent. Et puis comme, ça je pourrais plus facilement te faire découvrir la région, ajouta-t-elle avec un clin d’œil.

— Eh bien…

— Enfin, je ne t’oblige à rien, s’empressa-t-elle de dire. Je comprends, tu me connais depuis quoi, trois heures ! Tu ne sais pas si je ne suis pas une psychopathe qui cache des limaces dans tes draps, ou si je ronfle si fort la nuit qu’on m’entend à travers les murs. Tu peux y réfléchir tranquillement. En plus, vu l’état de l’appartement aujourd’hui, je comprendrais que tu aies des réticences.

— En fait Olivia, j’allais te dire que je trouve cette idée super. Bien que je sois habituée à vivre seule, je ne serais pas contre vivre en collocation. Et cela me soulage grandement que tu me l’aies proposé. On n’a qu’à décider de se le dire franchement si ça ne convient pas à l’une ou à l’autre, et je pourrai toujours me chercher un appartement.

Je ne connaissais cette fille, comme elle l’avait souligné, que depuis quelques heures, mais j’avais l’impression d’avoir retrouvé une vieille amie que je n’avais jamais quittée. Je ne savais pas vraiment ce qui m’avait poussée à accepter son offre, mais j’étais sûre au fond de moi que j’avais bien fait de lui dire oui.

— Alors affaire conclue ! s’exclama-t-elle. On fera venir le reste de tes bagages ici et je te présenterai à ma famille demain.

***

Le lendemain, moi qui suis plutôt du genre à sauter du lit avant même la première sonnerie du réveil, j’eus du mal à émerger. La faute au changement de fuseau horaire, à la fatigue du voyage, et également au confort de la chambre d’amis d’Olivia, qui devait y être un peu pour quelque chose. Ou plutôt, de ma nouvelle chambre.

Après un petit-déjeuner vite expédié, nous prîmes la direction de l’hôtel. Olivia commençait son service un peu plus tôt que l’heure à laquelle j’avais l’habitude de me rendre au travail, mais étant dépendante d’elle pour me déplacer pour le moment, je n’avais pas trop le choix. De toute manière, cela me permettait de voir l’organisation du service du petit-déjeuner, les premiers départs, et de la suivre dans son travail.

Olivia continua la tâche commencée par son patron la veille en me présentant aux personnes que je n’avais pas encore rencontrées. Ce fut un flot incessant de prénoms à essayer de retenir, mais je ne m’en fis pas, je savais que d’ici quelques jours je les aurais assimilés. Le gros avantage de notre métier étant qu’en général, le personnel a toujours son prénom discrètement apposé sur une petite plaque siglée du logo des hôtels Richmond et portée, uniforme ou non, au niveau du cœur.

Vers 9 heures, alors que je me trouvais au restaurant de l’hôtel, une soudaine et discrète onde de choc sembla atteindre la totalité de la gent féminine. Les clientes attablées pour leur petit-déjeuner stoppèrent leurs cuillères dans leur élan, les conversations s’interrompirent quelques secondes, chacune vérifia la bonne tenue de sa chevelure, mettant en avant ses meilleurs atouts, ou son meilleur profil. Damien Lombard, le directeur de l’hôtel, venait de faire son entrée, et le moins que l’on puisse dire est que celle-ci ne passa pas inaperçue. Je plaide coupable, moi–même, à cet instant, je n’entendais plus un mot de ce qu’était en train de me raconter le responsable du room-service. Je n’avais d’intérêt soudainement que pour l’homme aux faux airs d’Henry Cavill qui s’avançait d’un pas sûr et presque félin en ma direction. Sous sa veste de costume, sa chemise impeccablement repassée et sa cravate, bleues toutes les deux, faisaient ressortir ses yeux de la même couleur. Il sourit, et je pris conscience que ce geste m’était destiné lorsque je vis quelques œillades mauvaises dans ma direction. Je ne pouvais pas leur en vouloir, n’importe quelle femme se couperait un doigt pour attirer l’attention d’un homme comme Damien Lombard. Enfin, pas l’annulaire gauche pour des raisons évidentes.

Il s’arrêta juste en face de moi. Il était rasé de près, et l’odeur de son after-shave ou de son eau de Cologne emplit mes narines.

— C’est donc ici que vous vous cachez, sourit-il. Bonjour Cassie.

Il me serra la main et je n’eus pas le temps de répondre qu’il était déjà en train de s’éloigner.

Je restai deux secondes à l’observer, toujours sous le choc, puis réalisai que j’étais censée certainement le suivre. Je sortis de ma torpeur pour lui emboîter le pas, profitant ainsi d’une vue parfaite sur son côté pile, très agréable lui aussi.

Nous travaillâmes d’arrache-pied toute la journée, ne nous interrompant qu’une petite demi-heure pour déjeuner. Je rencontrai les différents chefs de service, et m’installai dans mon nouveau bureau. Si bien que lorsqu’Olivia toqua discrètement à la porte en fin d’après-midi, je n’avais pas vu celle-ci passer.

— Je te ramène ?

— Oui, merci. J’ai encore des milliers de choses à faire, mais cela attendra demain. Je suis un peu fatiguée.

Comme Olivia me l’avait annoncé la veille elle me présenta à sa famille. Nous commençâmes par ses parents, un charmant couple d’une cinquantaine d’années. Sa mère, Nicole, était une version plus âgée d’Olivia avec les mêmes cheveux bruns, parsemés çà et là de cheveux blancs, et coiffés différemment de sa fille. Elles avaient le même sourire contagieux, et apparemment le même sens de l’accueil.

Son père, Auguste, massif et imposant, faisait partie de ces hommes que la terre et le travail ont sculptés jour après jour. Sa peau tannée par le soleil et ses mains calleuses ne laissaient aucun doute sur le fait qu’il devait passer une grande partie de ses journées en extérieur, et ce depuis des années.

Nous fîmes la promesse de venir dîner chez eux un soir prochain afin de faire plus ample connaissance, et ils insistèrent sur le fait que leur porte me serait toujours ouverte.

Nous rencontrâmes ensuite la tante d’Olivia, Mireille, la sœur de son père. Une petite femme rondelette et joviale qui semblait également être une pipelette notoire. Elle était enchantée de rencontrer une véritable Américaine, elle qui ne les connaissait que grâce aux séries sentimentales produites dans mon pays, dont elle m’avoua être une grande consommatrice.

Nous finîmes par les grands-parents Marcel et Augustine qui me demandèrent de les appeler Papet et Mamée, car ces surnoms n’étaient pas réservés à l’usage seul de leurs petits-enfants. Olivia m’expliqua plus tard que cette habitude n’était pas rare dans la région. Il était impossible de leur donner un âge, tant ils semblaient ratatinés par des années de dur labeur aux champs. En l’espace de dix minutes, Mamée me proposa au moins cinq fois de me servir un café. Son mari la rabroua, lui reprochant de perdre la tête, ce qui provoqua une petite dispute entre eux. Olivia m’avait l’air plus amusée de la situation qu’autre chose, j’en conclus que cela devait faire partie de leur quotidien.

Après avoir décliné un sixième café, nous remontâmes dans notre appartement. Je fus surprise un instant que nous n’allions pas à la rencontre du cousin d’Olivia, mais les lumières étant éteintes dans la petite maison, je supposai qu’il devait être absent.

Love me if you Cannes

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J’en ai oublié de préparer le dîner….
Pas du tout amatrice de romance, j’ai craqué devant les commentaires élogieux.
Bien m’en a pris.
J’ai passé un merveilleux moment, à rire face à ma tablette, à pleurer comme une midinette….
L’écriture est parfaite, drôle à souhait, émouvante.
Un régal !