Une romance à consommer sans modération.

Léonie, aspirante actrice dont la carrière n’a jamais réellement décollé, est de retour dans son village natal de Cadenel. Désabusée, elle n’a d’autre choix que de remplacer sa sœur Laetitia, en congé maternité, au domaine viticole où celle-ci travaille. Mais dès son retour, elle tombe nez à nez avec Enzo, son voisin d’enfance qu’elle a toujours détesté. Comme un fait exprès, alors qu’elle pensait qu’il avait lui aussi quitté la région, leurs chemins ne cessent de se croiser. Heureusement, Léonie peut compter sur le soutien de ses nouvelles amies du clan des célibataires malgré elles pour lui redonner le sourire.

Alors que Léonie trouve peu à peu ses marques dans cette nouvelle vie, il ne reste qu’une seule ombre au tableau : Enzo. Comment faire pour s’en débarrasser ? Ou alors une trêve est-elle possible entre eux ?

Chapitre 2 – Léonie

Même si je me fiche royalement de ce qu’il y aura à manger ce soir, ce n’est apparemment pas le cas de ma mère. Elle a même l’air de prendre cette petite organisation très au sérieux. C’est comme cela que je me retrouve à l’accompagner au supermarché deux heures plus tard. Je n’allais pas jouer les égoïstes en la laissant se dépatouiller toute seule, et puis concrètement, je n’avais rien d’autre à faire. Je n’ai plus beaucoup d’amis à Cadenel et, comme je ne commence mon nouveau boulot que lundi, je suis disponible tout le week-end.

Afin de ne pas perdre trop de temps, nous décidons au bout de quelques minutes de nous séparer. J’arpente le rayon fruits et légumes, le nez dans la liste remise par ma mère, lorsque quelqu’un m’interpelle :

— J’y crois pas ! Léonie, c’est bien toi ?

Une petite brune poussant un chariot rempli à ras bord et arborant un ventre rond comme si elle avait avalé une dizaine de pastèques, me fait signe. Je mets quelques secondes à reconnaître une de mes amies de lycée.

— Jessica ! Quelle bonne surprise !

« Surprise », oui. « Bonne », c’est un peu exagéré. Mais c’est ce qu’on dit dans ce genre de situation, non ? Je plaque mon plus beau sourire sur mes lèvres. Je sais qu’il est plutôt convaincant, je l’ai répété devant mon miroir des heures entières.

Jessica contourne le chariot avec autant d’aisance que sa circonférence imposante le lui permet.

— Alors comme ça, tu es de retour parmi nous pour quelques jours ? Vacances ? demande-t-elle avant d’émettre un petit rire cristallin trop parfait pour être sincère.

Je savais que j’allais faire l’objet de questions embarrassantes, je pensais cependant avoir quelques heures de répit. Ma première inquisitrice est déjà là, entre les patates et les aubergines.

— En vérité, je suis là pour tout l’été.

Comme je n’ai pas envie de m’attarder sur le sujet, je dévie la conversation :

— Et toi ? J’ai l’impression que les choses vont plutôt bien de ton côté ?

Elle affiche un grand sourire. S’il y a bien un fait dont je suis certaine, c’est que les femmes enceintes adorent parler de leur bébé. Et si mes souvenirs sont exacts, Jessica adore parler d’elle, donc je devrais être tranquille un moment.

— Oui ! Je suis mariée depuis trois ans, et la famille va encore s’agrandir d’ici un mois, comme tu peux le voir. Je ne dors pas beaucoup, mais ça en vaut la peine. C’est notre troisième, précise-t-elle en désignant son ventre. Nous avons déjà des jumeaux.

Ouah ! Qui a dit que les petits villages du coin se dépeuplent ?

— En tout cas, tu es resplendissante, remarqué-je.

C’est sincère. Même si elle est un peu encombrée au niveau de l’abdomen, son teint est frais, ses cheveux brillants, elle porte d’adorables sandales et une robe qui me donnerait presque envie d’être enceinte pour pouvoir acheter la même. Ça m’irrite, en quelque sorte. Jessica était mon amie, en théorie ; mais je crois que nous avons passé plus de temps à nous détester cordialement qu’autre chose. À l’époque, ça ne me dérangeait pas, vu que j’étais plus populaire qu’elle. Mais maintenant…

Jessica fait une petite grimace accompagnée d’un geste de la main signifiant : Tu dis n’importe quoi, mais je vois bien que le compliment lui fait plaisir. Je note également au passage l’énorme diamant qui orne son annulaire.

— Pierre-Louis a toujours voulu une grande famille. Il me dit que je n’ai jamais été aussi belle qu’enceinte.

Pierre-Louis, le geek un peu maigrichon de notre lycée ? Au moment où je m’apprête à lui poser la question – avec une description un peu plus flatteuse du personnage quand même –, un grand gaillard se poste à ses côtés avec une poussette double. Celle-ci est occupée par deux mini-humains qui semblent être des clones de leurs parents. La petite fille a le même carré brun parfait que sa mère, à la différence qu’un petit nœud bleu marine retient sa mèche de devant. Le petit garçon porte le même polo que son père, et de petites lunettes rondes qui lui donnent un air très chou.

— Léonie Fabre ? Quelle surprise !

Cette fois-ci, c’est le mari de Jessica qui s’adresse à moi, ce qui me confirme qu’il est bien le Pierre-Louis auquel je pensais. Sauf qu’il n’a plus le physique d’asperge de l’époque. Épaules larges et biceps qui tendent le tissu de son t-shirt, il semblerait que monsieur ait traîné à la salle de sport ces dernières années. À moins que ce ne soit toutes ces heures à porter des bébés à bout de bras ? En tout cas, qui aurait cru que le vilain petit canard se transformerait en cygne avant ses trente ans ? Certainement pas moi.

Il me décroche un sourire et embrasse sa femme dans les cheveux avant de poser une main tendre sur son épaule. J’ai face à moi l’image d’une famille parfaite. Je suis certaine qu’ils seraient superbes sur une carte de Noël avec des pulls assortis.

— Et toi, Léonie, qu’est-ce que tu deviens ? m’interroge Jessica.

— Eh bien… je ne suis pas mariée, je n’ai pas d’enfants, commencé-je.

Et je suis une actrice au chômage…

— Je commence un nouveau boulot lundi au Domaine des Manons, dis-je à la place.

— Ah oui ! J’ai croisé ta sœur en cours de préparation à l’accouchement. Elle m’a dit que tu allais la remplacer. C’est tellement gentil de ta part de venir leur prêter main-forte, de mettre ta carrière de côté pendant quelques mois pour eux, ajoute-t-elle avec de l’admiration dans la voix. Mais tu as raison, il n’y a rien de plus important que la famille.

— Non, rien de plus important que la famille, répète Pierre-Louis en lui caressant l’épaule.

Ils échangent un regard dégoulinant d’amour et je frôle l’overdose.

— Et tu vis où, alors ? demande Jessica.

— Chez mes parents, avoué-je à contrecœur.

Ils n’ont pas fini avec leurs questions ? Ils n’ont pas des choses plus importantes à faire ? Comme accoucher ? Se rendre à une échographie ? Acheter des layettes ?

Heureusement, leurs marmots ont l’air de comprendre ma souffrance et commencent à s’agiter dans leur poussette.

— On va devoir te laisser, mais en tout cas, ça nous a fait plaisir de te voir. Tu devrais venir à la maison un de ces jours, lance Pierre-Louis.

Pour venir contempler de près votre petite vie parfaite ? Non merci. Je suis certaine qu’ils ont un labrador et une superbe pelouse que Pierre-Louis doit tondre torse nu le week-end. Je ne vais pas m’infliger ça.

— Bon courage pour ton nouveau boulot, dit Jessica.

— Bon courage pour ton accouchement, répliqué-je.

J’espère que tu vas souffrir atrocement.

Cette conversation m’a plus contrariée qu’autre chose. Mes amis de lycée sont mariés et mènent des vies d’adultes alors que moi, j’en suis bien loin. Mon plus grand engagement à ce jour est celui que j’ai pris avec mon opérateur de téléphone mobile. C’est un peu pathétique, non ?

Je continue mes emplettes en essayant de me focaliser sur la liste que ma mère m’a laissée, plutôt que sur ma rencontre avec Jessica et Pierre-Louis. Je prends même soin d’examiner chaque tomate avant de les mettre dans leur sachet. Après les avoir pesées, je prends le temps de coller correctement l’étiquette dessus et je repars en direction de mon chariot. Problème, il n’est pas à l’endroit où je l’avais laissé.

Je regarde aux alentours, quelqu’un a dû le déplacer. Mais je me rends vite à l’évidence : il n’est nulle part. Je commence alors à observer les gens qui poussent un caddie. Quelqu’un l’a probablement pris en pensant que c’était le sien. Bingo !

Je vois un homme de dos qui a les mêmes bouteilles de jus de fruits et les mêmes paquets de chips que ceux que j’ai pris un peu plus tôt. Je marche dans sa direction, mais lui aussi avance et il me distance facilement. Il a des jambes d’au moins deux mètres ! En plus, comme par hasard, la moitié des gens faisant leurs courses dans ce magasin semblent avoir décidé de se mettre en travers de mon chemin.

— Eh ! dis-je dans l’intention d’interpeller mon voleur de chariot.

Si j’avais été chanceuse dans la vie, j’aurais eu affaire à une petite mémé à la foulée aussi rapide qu’une limace, mais il a fallu que je tombe sur Usain Bolt en goguette au supermarché.

Bien évidemment, tout le monde tourne la tête dans ma direction, sauf lui.

— Eh ! Vous, là-bas, avec le t-shirt et la casquette bleus ! crié-je un peu plus fort.

Cette fois-ci, l’homme s’arrête et se retourne. Quelqu’un passe devant moi, et il me faut donc quelques secondes de plus pour croiser son regard. Mais lorsque c’est le cas, je prends conscience d’une chose : c’est loin d’être un inconnu.


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  • Version : Kindle et Broché
  • Nombre de pages : 315
  • Date de sortie : 3 Décembre 2019