Riviera Security – Tome 4

Saïgon 1974, une histoire d’amour entre un soldat américain et une jeune vietnamienne…

Si Mai Lan Duong a toujours voulu devenir détective, ce n’est pas seulement parce qu’elle a le goût de l’action. C’est aussi pour se donner les moyens de lever le voile sur un pan de son histoire, et celle de sa grand-mère tombée amoureuse d’un GI américain avant la chute de Saïgon.

Tombé sous son charme, Nathan Laporte, l’expert informatique de l’agence tropézienne de Riviera Security, l’aide dans sa quête pour retrouver ce mystérieux grand père au nom si commun : John Smith.
Quand Mai Lan disparaît alors qu’elle se trouvait à Saïgon dans l’espoir de recueillir plus d’indices, Nathan n’hésite pas une seconde : pour la retrouver, il saute dans le premier avion en partance pour le Vietnam escorté par d’autres membres de l’agence.
Leur enquête va les conduire sur des chemins d’autant plus insoupçonnés que des sentiments s’en mêlent, et s’expriment enfin au grand jour.

Chapitre 1 

Nathan

Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond.

J’ai eu beau essayer de me persuader que c’est moi qui me fais des films tout seul, plus je cherche, plus je suis certain qu’il est arrivé quelque chose à Mai Lan.

Quoi ?

Aucune idée.

Mais qu’est-ce qui pourrait justifier son silence depuis trois jours, alors que nous étions en contact permanent depuis qu’elle a posé le pied sur le sol vietnamien ? Absolument rien. Et le fait que je n’arrive pas à la joindre non plus n’est pas encourageant.

J’ai un mauvais pressentiment.

D’autant plus quand je vois que son téléphone portable n’émet plus depuis presque deux jours. Ce n’est pas son genre de rester coupée du monde moderne si longtemps. Les retraites sans accès à la technologie moderne ? Très peu pour Mai Lan Duong. Sur ce point-là, elle et moi sommes raccord, même si elle ajouterait certainement que je suis encore plus accro qu’elle. Et elle aurait raison.

Vivre loin d’une connexion internet et de mes petits joujoux électroniques est quelque chose qui me semble de l’ordre de l’impossible. Ce n’est pas que sans eux je me sentirais nu, mais plutôt qu’avec eux je me sens invincible. Donnez-moi un mystère à résoudre, un ordinateur et un peu de temps, je trouverai la clé de l’énigme.

Mais là, je suis dans une impasse.

Où est Mai Lan ?

C’est la question que je me pose depuis plusieurs heures maintenant. Et la seule raison pour laquelle je n’ai pas encore rameuté toute la cavalerie, c’est que ma collègue n’est pas en mission actuellement. Elle est en visite au Vietnam pour une affaire personnelle, et moi j’assure ses arrières, comme elle me l’a demandé.

Une aide que j’étais plus que ravi de lui apporter.

J’apprécie beaucoup Mai Lan. Elle a rejoint Riviera Security au début de l’été. Son arrivée au sein de l’équipe n’est pas passée inaperçue, auprès des hommes… comme des femmes. Mais pas pour les mêmes raisons.

Alors que mes collègues et moi avons été tout de suite séduits par sa taille élancée, ses longs cheveux d’ébène et sa peau dorée, la première rencontre avec Madison, notre assistante, n’a pas été un coup de foudre. Mais les deux femmes ont appris à se connaître, et finalement les tensions ont disparu. Quant au reste d’entre nous, nous avons découvert que les qualités de la belle Asiatique ne se résumaient pas à son physique avantageux. C’est une jeune femme vive, avec une capacité de déduction hors pair, une battante qui excelle aussi bien au tir que dans la lecture d’un bilan comptable. Bref, sur tous les fronts, Mai Lan assure et a su gagner le respect de tous ses collègues, y compris moi.

Elle a peut-être même gagné un peu plus que mon respect. J’avoue avoir beaucoup d’admiration pour elle, et d’autant plus depuis qu’elle m’a confié son secret et les raisons pour lesquelles elle est au Vietnam actuellement.

Quand elle m’a demandé mon aide, j’ai tout de suite accepté. Son histoire était touchante, et j’ai eu réellement envie de l’aider. Pendant les heures que nous avons passées à chercher des indices, j’ai découvert encore une autre facette de Mai Lan. Un côté un peu plus sensible, une fragilité qu’on ne soupçonne pas au premier regard.

Mais malgré toutes mes recherches et mon talent, il nous manquait quelques informations pour avancer. Alors Mai Lan a pris la décision de profiter de ses vacances pour aller chercher sur le terrain ce qui nous était nécessaire. J’ai bien proposé de l’accompagner, mais elle a gentiment décliné. J’ai compris, et n’ai pas insisté. Cette quête, c’est la sienne, et elle veut la suivre seule. Le fait même qu’elle m’ait demandé mon aide en premier lieu est déjà une preuve de son amitié. Et j’ai promis d’être à sa disposition, dès qu’elle aurait besoin de moi.

Elle m’a prise au mot, et n’a cessé de me tenir au courant de ses avancées depuis le début de son séjour. Même quand il n’y avait rien de spécial à m’annoncer, elle a pris le temps de m’appeler à chaque fois, de m’envoyer un message. Nous avons passé des heures à discuter de tout et de rien, comme des amis… même si parfois je m’emballe et me prends à espérer que nous puissions devenir plus que ça. Mais je finis toujours par me souvenir que jamais elle n’a montré un signe qui puisse aller dans ce sens. Peut-être n’est-ce pas le bon moment pour elle, ou peut-être ne suis-je tout simplement pas la bonne personne. Mais je sais être patient. C’est une de mes qualités. Sauf quand j’ai l’intime conviction qu’il a pu arriver quelque chose de fâcheux à ma collègue et amie.

Je tente une dernière fois d’appeler le numéro de sa grand-mère. Je laisse sonner longtemps, Mai Lan m’a expliqué que celle-ci avait un peu de mal à se déplacer. Quand je finis par me dire que cela ne sert à rien, une voix éraillée finit par me répondre. Je reconnais Anh Dao, la grand-mère de Mai Lan, avec qui j’ai déjà eu l’occasion de parler.

Je me présente brièvement et annonce que je souhaite parler à sa petite-fille.

— Je ne l’ai pas vue depuis trois jours, m’avoue-t-elle.

— Mais savez-vous où elle se trouve ?

Elle soupire.

— Aucune idée ! Elle est partie alors que j’étais au marché et m’a seulement laissé un mot en me disant de ne pas m’inquiéter. Je pensais qu’elle était sortie pour la journée. Mais le soir, elle n’est pas rentrée. Ni celui d’après. Je me suis dit que c’était peut-être en lien avec son travail. Tout de même, elle aurait pu me prévenir qu’elle ne rentrait pas avant plusieurs jours !

Je suis un peu gêné pour lui répondre. Je ne veux pas l’affoler, mais je n’aime pas lui mentir non plus. Alors je rétorque :

— C’est possible que ce soit en lien avec le travail. Si j’en sais un peu plus, je ne manquerai pas de vous contacter. En attendant, si vous la revoyez, dites-lui de m’appeler.

J’essaye de garder une voix sereine, et ça a l’air de marcher. Sa grand-mère promet de lui transmettre le message. Nous échangeons encore quelques mots, puis je raccroche.

Je ne vais cependant pas patienter jusqu’à ce que ma collègue me donne signe de vie. Je compose immédiatement le numéro d’Andrea, le patron de Riviera Security Saint-Tropez.

— Quoi ? grogne-t-il dans le combiné.

OK, il est cinq heures du matin en France, et il a beau être matinal, il ne l’est peut-être pas à ce point.

— Désolé de te tirer du lit, mais c’est une urgence.

J’entends un peu de bruit, et une voix que je reconnais être celle de Madison. Je comprends qu’il quitte la chambre pour la laisser dormir.

— Qu’est-ce qu’il se passe ? demande-t-il au bout de quelques secondes, d’un ton un peu plus alerte.

— Je…

Une fois de plus, les doutes m’assaillent. Et si j’avais tiré des conclusions trop hâtives ?

Non, je suis sûr de moi. Il y a quelque chose d’anormal. La conversation avec la grand-mère de Mai Lan vient de me le confirmer. Alors c’est sans détour que j’annonce à mon patron le fond de ma pensée :

— Je crois qu’on est face à un problème : Mai Lan a disparu.