Zoey est une fashionista célibataire et heureuse : jolie et sûre d’elle, son fidèle groupe d’amies et son travail de créatrice de mode canine suffisent à son bonheur. Mais sa vie bascule brutalement lorsqu’elle se retrouve mêlée au meurtre d’une blogueuse mode, qui n’est autre que la maîtresse du chien-mannequin vedette de sa marque. L’inspecteur chargé du dossier, le beau Tom McGarrett, déteste cordialement Zoey, qui le lui rend bien. Entre les rebondissements de l’enquête et les changements dans leurs vies respectives, leurs routes ne cessent de se croiser, pour le pire… mais peut-être aussi pour le meilleur ?

Chapitre 1 : Zoey

Je déteste les mariages.

Non mais sérieusement ? Je ne comprends pas ce qui peut séduire deux personnes saines d’esprit, là-dedans.

Je ne reviendrai même pas sur le concept de s’enchaîner à une personne pour le restant de ses jours. Dépassé, utopique, ennuyeux, voué à l’échec… Les qualificatifs me manquent.

Non, je parle du mariage. De la réception. De ce ramassis de froufrous, dentelles, de sucreries et de traditions aussi ridicules les unes que les autres. Cette soirée, journée, semaine (merci de rayer la mention inutile) organisé(e) dans le but de prévenir le reste du monde de la force de votre amour. Est-on vraiment obligé d’en passer par là ?

Je vois déjà certaines personnes m’avancer qu’on peut très bien se marier sans tout le tralala de la robe, des fleurs, etc.

Vrai.

Mais combien osent réellement le faire ?

Combien sont allés se marier à la mairie pendant leur pause déjeuner, ont échangé un petit bisou dans le hall et sont retournés à leurs occupations quotidiennes ?

Pas beaucoup.

Certes, au départ, beaucoup annoncent : « Nous, on va faire quelque chose d’intime, d’assez simple, qui nous ressemble, quoi ! » Et puis la famille passe par là et donne son avis, vous met la pression pour faire mieux que la cousine/sœur/meilleure amie. Au final, on se retrouve invariablement avec une réception de deux cents personnes dans un domaine gigantesque, avec un buffet qui pourrait nourrir un petit pays, une belle-mère qui porte un chapeau ridicule et des mariés qui se disputent à cause du stress.

Non vraiment, je ne vois pas qui aimerait s’infliger ça en toute connaissance de cause. Et pourtant, la file de ceux qui postulent pour cette torture ne cesse de s’allonger. Pourquoi ? Parce que ceux qui l’ont déjà vécu leur mentent. Ils leur cachent que ça a été un désastre. Ce sont eux qui ont inventé la formule le plus beau jour de ma vie. Eux, et les nouveaux parents.

« Ton mariage c’était comment ?

— Génial ! Le plus beau jour de ma vie ! »

Ce qu’ils oublient de dire : « J’ai perdu cinq kilos à cause du stress de l’organisation, j’ai pas dormi pendant une semaine parce qu’il fallait choisir entre chocolat noir et chocolat intense pour le parfum du gâteau alors que finalement personne n’en a mangé, et mes invités étaient tous bourrés avant la fin du repas. »

Et ils appellent ça le plus beau jour de leur vie ?

Je vous dis, c’est comme ces mères qui, après vingt heures d’atroces souffrances, vous résument leur accouchement par : « C’était le plus beau jour de ma vie ! »

Vous remarquerez d’ailleurs que, pour peu qu’elles se soient mariées avant la naissance du mouflet, les douleurs de l’enfantement deviennent le nouveau plus beau jour, surpassant celui où elles se sont fait passer la bague au doigt… Ça donne à réfléchir.

Bref, le mariage, c’est le cauchemar pour les mariés et celui des invités également.

Assister à une cérémonie interminable où chacun toise l’autre pour savoir qui va verser le plus de fausses larmes. Tenter d’échapper au tonton comique de la mariée pendant tout le cocktail, qui va de toute façon finir par raconter sa blague au micro pendant le repas. Repousser les avances de votre voisin de table qui pense que c’est du tout cuit, car on vous a assis tous les deux à la fameuse table des célibataires. Faire semblant de vous extasier devant les mariés qui se mettent à deux pour tenir un couteau et trancher une part de gâteau sans se couper un doigt.

Pathétique.

C’est pour ça qu’en général j’évite ce genre d’événements. J’ai toute une série d’excuses parfaites pour : le travail, les vacances déjà réservées à l’autre bout du monde, l’invitation le même jour à un autre mariage (à utiliser avec précaution, car sur les réseaux sociaux, le manque de photos de vous, éméchée sur le dancefloor, peut facilement compromettre votre couverture).

Mais cette fois-ci, je n’ai pas pu passer outre. Tout d’abord parce que c’est le mariage d’une de mes meilleures amies, et même si je suis une salope sans cœur, je sais que mon absence lui aurait vraiment fait de la peine. Ensuite, comme Amy est justement une des personnes que j’aime le plus au monde et qu’elle me connaît bien, elle a su avancer l’argument pour me convaincre : elle m’a demandé de créer sa robe de mariée et celles des demoiselles d’honneur. Pour la styliste que je suis, c’était inconcevable de refuser ; pour l’amie, encore plus.

J’ai donc renvoyé mon carton réponse avec la case présente cochée, et me suis mise au travail. Le résultat est tout simplement sublime, et oui, je suis modeste.

Pour Amy, j’ai dessiné une robe à la taille Empire étant donné qu’il a fallu caser sous la ceinture assez de place pour le petit bonhomme qui squatte son utérus pour quelques mois encore. Le corsage est en dentelle ivoire et forme un décolleté en V, mettant en valeur les atouts que la maternité a développés chez elle ces dernières semaines. Ce serait bête de ne pas en profiter, n’est-ce pas ? La jupe quant à elle est faite de mousseline légère, l’idée étant de ne pas alourdir la silhouette de mon amie qui, en plus d’être enceinte, culmine tout juste à 1,55 m.

Pour les demoiselles d’honneur, Amy a choisi la couleur et m’a laissé carte blanche pour le style. Elle a eu raison. Le petit groupe étant composé de Maddie, Maura, Julia, Libby et moi-même, on ne pouvait pas faire plus hétéroclite comme choix. Du coup, j’ai créé des robes qui, même si elles paraissent semblables au premier coup d’œil, sont toutes différentes. J’avais envie que chacune de mes amies se sente mise en valeur pour cette journée. Quitte à devoir endurer des heures de séances photo autour des mariés – en ayant l’air ravie d’être là, alors que votre mâchoire vous fait mal à force de sourire – au moins que ce soit dans une robe dans laquelle vous vous sentez belle.

Je pourrais presque être contente d’être là. Amy et Cole ont choisi de s’unir sur une des plages des Bahamas, nous évitant ainsi la vieille église humide et sinistre sur laquelle aurait très certainement jeté son dévolu la très catholique grand-mère de la mariée. Au moins, ces quelques jours au soleil nous permettent d’oublier les semaines de froid et de neige bostoniens dont nous sortons à peine.

Les mariés sont amoureux l’un de l’autre. J’ai tendance à être irritée par les démonstrations dégoulinantes de tendresse, mais je dois reconnaître qu’ils ont presque réussi à m’émouvoir. Cole regarde Amy avec ferveur tout en restant cool pour ne pas entacher sa réputation de gros dur. Je suis impressionnée. Quant à Amy, elle est tellement mignonne qu’on ne peut qu’accepter qu’elle dévore du regard son tout nouveau mari comme s’il allait lui décrocher la lune. Ils arriveraient presque à me donner envie d’avoir un jour la même chose.

Presque.

Comme vous l’aurez remarqué, l’engagement, ce n’est pas vraiment mon truc. Et je n’ai aucune honte à l’avouer. Cependant, j’évite de le faire à un mariage. J’ai compris avec l’expérience que ça fait désordre de critiquer la raison même qui nous réunit ce jour-là. Et puis, lors de ce genre d’événements, les gens sont d’autant plus motivés pour vous faire changer d’avis. Car quelle est l’activité favorite des invités une fois qu’ils en ont marre de s’empiffrer de petits fours ?

Jouer les cupidons.

Toute personne de l’assistance vaguement au courant de votre situation se donne pour mission d’essayer de vous caser avec un des mâles disponibles de l’assemblée. Pour peu qu’il ait deux bras et qu’il sache aligner quatre mots d’affilée dans une langue que vous comprenez, le voilà proclamé « homme de votre vie ». Et tant pis s’il ne mange pas proprement, s’il fait une tête de moins que vous et s’il ne vous regarde pas une seule fois dans les yeux pendant tout le repas. Vous êtes célibataire, il faut à tout prix vous caser. Et ce phénomène empire après trente ans. Car passé cet âge fatidique, vous êtes pour eux une célibataire endurcie. Autant dire un cas désespéré ou un défi à relever. Avoir trente ans et être seule, ça équivaut à être une vieille fille de quatre-vingt-dix ans au regard de ceux qui jugent. Donc, si l’un d’entre eux arrive à vous faire échapper à ce triste sort, il pourra s’enorgueillir jusqu’à la fin de sa vie de vous avoir présenté celui qui vous a fait changer d’avis sur l’engagement. Et d’ailleurs, il ne se privera pas de faire un petit discours sur le sujet le jour même de votre mariage.

Alors, pourquoi ne pas choisir de venir accompagnée, histoire de clouer le bec à ceux qui se sentent une âme de marieuse à la Emma de Jane Austen ?

Vous me prenez pour une débutante ?

Bien entendu, j’y ai pensé. Par contre, il s’agissait de trouver la bonne personne. Oui, car on ne parle pas d’une cérémonie rapide dans un hôtel de Boston, suivie d’un dîner, le tout expédié en quelques heures. Dans ce cas, n’importe quel homme avec un peu de tenue ou de conversation aurait fait l’affaire. Non, il s’agit d’un mariage sur plusieurs jours aux Bahamas. 2 000 kilomètres de trajet, quatre heures et demie d’avion, escale comprise, et au minimum quatre jours sur place. Donc, le choix du partenaire ne se fait pas à la légère. qu’il n’y a aucun moyen de s’en débarrasser vite fait en le noyant dans l’océan s’il devient pénible. Vu le nombre de flics au mètre carré présents à ce mariage (le père d’Amy étant le chef de la police), son absence soudaine éveillerait quelques soupçons.

Je vais être honnête, j’avais le candidat parfait en tête, du moins je croyais. Charmant, bien élevé, et je ne me serais pas opposée au fait de devoir partager ma chambre en cas de surbooking de l’hôtel. Je lui ai proposé… Et il a dit non… J’ai pensé au départ qu’il plaisantait. Mais non, le goujat était bien sérieux. Il a invoqué une éthique professionnelle à respecter ou une excuse vaseuse du genre. Si vous en parlez à Julia, elle vous dira que dès le départ, elle m’avait prévenue que c’était une mauvaise idée de craquer pour mon gynécologue. Il est certes mon médecin mais nous nous retrouvons déjà régulièrement autour d’un verre, puisqu’il est le meilleur ami de Matt, le copain de Julia. Je suis donc la meilleure amie de l’amie de son meilleur ami. Vous m’avez suivie ? Mais surtout c’est mon double masculin côté sentimental. Il ne croit absolument pas à toutes ces fadaises sur la vie de couple, et n’a rien contre le fait de passer du bon temps en charmante compagnie. Et pourtant, il a dit non.

On ne me dit jamais non.

Un homme ne m’a jamais dit non.

Et lui, Noah Miller, s’est permis de me dire non. À moi, Zoey Montgomery. Je ne veux pas paraître prétentieuse mais, en règle générale, c’est moi qui décide de dire oui ou non à quelqu’un. Dans mon travail comme dans ma vie de tous les jours, on ne m’impose rien. Et cela depuis ma plus tendre enfance. Étant la fille du joaillier le plus connu et prospère de tout le Massachusetts, l’argent et la renommée de mon père m’ont assuré une existence où les gens se plient en quatre pour me faire plaisir. Je suis totalement consciente de mon statut de privilégiée et je serais bête de ne pas en profiter. Le destin m’a fait naître avec une cuillère en argent dans la bouche (je dirais même en or ou en platine), et Mère Nature ne m’a pas non plus oubliée. Du haut de mon mètre soixante-dix, sans stilettos, j’affiche des mensurations à faire pâlir un bon nombre de mes congénères féminines. Des formes là où il le faut, un ventre aussi plat que les prairies du Nebraska et une peau aussi douce qu’au jour de ma naissance. Si vous êtes amateur de brunettes aux yeux bleu-gris, je suis forcément votre genre.

Je vous vois, vous qui avez envie de crier au scandale et à l’injustice et qui pensez déjà à sacrifier une poupée vaudoue à mon effigie. La vie m’a peut-être donné les bons outils pour démarrer, mais ma réussite, je la dois à moi seule. J’ai bossé comme une damnée pour m’accomplir professionnellement. Que ce soit pour obtenir mon diplôme comme pour me faire un nom dans le monde de la mode, je n’ai pas compté les heures. Et quant à mon apparence, laissez-moi vous dire que celles qui proclament avoir un physique comme le mien sans faire aucun effort vous mentent honteusement. Margaritas et taille de guêpe sont incompatibles, à moins de passer par une séance d’abdominaux régulière. Et comme je ne suis pas prête à me nourrir uniquement de salade sans sauce, je suis obligée de faire du sport, et pas qu’un peu.

Tous mes efforts ont toujours été couronnés de succès, jusqu’à ce que je rencontre le docteur Noah Miller, le premier homme à me dire non. Comme si m’humilier de la sorte ne lui avait pas suffi, il m’a annoncé dans la foulée que le nombre de mes ovocytes était très bas et qu’il allait falloir que je ne tarde pas trop si je voulais un jour avoir des enfants.

En gros, en plus de me rejeter, il m’a dit que j’étais vieille, l’enfoiré.

Suite à cette tentative de venir accompagnée au mariage d’Amy, qui s’est soldée par un échec cuisant, j’ai préféré garder le peu de dignité qu’il me restait et me pointer seule. Même si je dois repousser les avances de quelques indésirables, avec un minimum de chance, je trouverai bien parmi les invités quelqu’un avec qui finir la soirée agréablement… Ne dit-on pas que certains hommes fantasment sur les demoiselles d’honneur ?

***

Le cocktail a commencé depuis plus d’une heure maintenant et je m’emmerde. Les mariés sont partis faire leur séance photo de couple, Matt et Julia roucoulent dans un coin, Maura et Maddie font des selfies sur la plage et Libby court après ses gosses. Moi, j’ai déjà eu les conversations d’usage avec la famille de la mariée, salué sans m’attarder les quelques connaissances que j’ai dans l’assemblée, et depuis, je sirote seule ce qui doit être au moins ma quatrième coupe de champagne.

J’ai bien entamé la discussion avec un grand costaud aux allures de quarterback, assez mignon. Il ne semblait pas avoir inventé l’eau chaude mais je m’en moquais un peu, ce n’est pas ça que j’attendais de lui. Enfin, jusqu’au moment où sa femme est venue se rappeler à son bon souvenir et s’est dépêchée de l’éloigner de moi en me lançant quelques œillades assassines. Je venais de toute façon de repérer quelques secondes plus tôt son alliance, et s’il y a bien une seule limite que je me suis fixée, ce sont les hommes mariés.

Je retourne au bar me servir. Même le barman a l’âge de mon père, mais il est loin d’avoir aussi bien vieilli que lui. Je le remercie lorsqu’il me tend une nouvelle flûte et j’aperçois alors une tête familière : le lieutenant Thomas McGarrett. Je suis étonnée qu’Amy l’ait invité. Après tout, il n’a jamais caché son intérêt pour elle, ils ont même eu quelques rendez-vous. Non, en fait, je suis surprise que ce soit Cole qui accepte sa présence. Le nouveau mari de ma copine m’a l’air plutôt du genre possessif… Et il aurait raison de se méfier. Premièrement, le lieutenant est vraiment agréable à regarder. Sa taille (je dirais 1,90 m), ses cheveux bruns et ses yeux noisette, ainsi que son sourire ravageur sont les atouts qui lui ont valu le surnom de sexy lieutenant parmi mon groupe de copines. Deuxièmement, l’homme est un charmeur. D’ailleurs, il discute avec l’austère grand-mère d’Amy et a réussi à lui faire décrocher un sourire. Croyez-moi, c’est un exploit quand on connaît le personnage.

Plus je l’observe, plus cette évidence s’impose à moi : j’ai trouvé ma proie de la soirée.

C’en est presque trop facile.

Je m’approche de l’endroit où sont alignés les petits cartons désignant la table de chacun, je repère le mien et l’échange avec celui d’une personne de la sienne, que je ne connais pas. Au revoir Gwendoline, bonjour Tom McGarrett ! Et maintenant, Zoey, en piste !

Une heure après le début du repas, le constat est amer. Non seulement le sexy lieutenant préfère converser avec un vieux politicien assis à sa gauche qu’avec moi, mais en plus, dès que je lui adresse la parole, il se contente de réponses laconiques, certes polies, mais j’ai l’impression de l’ennuyer à mourir. Il n’a même pas pris le temps de m’observer en détail, et c’est certainement le seul homme de la soirée qui ne m’a pas complimentée sur ma robe. Et pourtant c’est une de mes plus belles créations ! Autant dire que les chances que j’arrive à l’attirer dans ma chambre ce soir sont quasi nulles.

Le père de la mariée se lève pour prononcer un discours. Je découvre avec plaisir que mon verre vide a été rempli de nouveau. Finalement, ma vie n’est peut-être pas si désespérante… Au moins, il y a du champagne !

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Une romance vraiment agréable à lire qui fait du bien. J’ai adoré ce livre drôle, captivant !

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  • Série Bay Village #3